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Tome cinquieme.
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LE JÉSUITE.

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la Vierge, des patriarches, des martyrs. Il n’est pas nôtre, il est vôtre, et toi. Dieu ,qui es redoutable, et qui lui as révélé en ses méditations qu’il fallait tuer untyran, étant disposé par vous a celte entreprise, redouble ses nerfs, renforce soncourage, afin qu’il puisse exécuter ta volonté. Donne-lui un corselet caché, afinqu’il puisse échapper 'a la fureur des sergents; donne-lui des aisles, afin que leslames de ces barbares n’atteignent ses membres sacrés; épars tes rayons sur sonâme, afin qu’elle anime tellement son corps, qu’elle le jette, à travers de tout cequi s’oppose a son entreprise, sans peur. »

Ils le mènent alors devant une peinture où l’on a figuré Jacques Clément élevépar des angesau pied du trône éternel, puis ils le quillenl, ne laissant auprès delui que quatre jésuites, qui déjà le Iruilent comme un saint, baisant ses pieds, s’a-genouillant devant lui, ravis de voir, disent-ils, la splendeur qui esl autour de sapersonne, et lui répétant avec une dévotion féroce ces paroles de sang : « A lamienne volonté, que Dieu m’eût élu et choisi en votre place, je serais assuré den’aller point en purgatoire, mais tout droit en paradis. »

C’est un prêtre lui-même qui révéla tant de corruption et de si noirs projets. Iln’avait rien vu, il est vrai, mais il affirmait que les jésuites bénissaient encoredes poignards pour frapper les puissances de la terre. Les hommes sages parmi leslibéraux doutèrent pour la première fois, et crièrent à la calomnie; mais les hom-mes sages ne sont pas nombreux : on peut rire aujourd’hui de toutes ces fables, lesévénements ont fait voir qu’elles étaient absurdes; elles faisaient trembler autrefois.

Le jésuite, pour ce temps de crainte superstitieuse, c’est un homme sombre etblême, amaigri par l’envie et par l’ambition du pouvoir ; son regard louche et sesyeux hypocritement baissés fuient la lumière et le regard scrutateur de l’homme debien. Chacune de ses paroles couvre un mensonge, mais un mensonge de cette es-pèce perfide qu’il a lui-même inventée, et qui puise une apparence de vérité dansl’ambiguïté des mots, ou dans des phrases dont il sous-enlend la lin. Tout en lui estun instrument de fraude et de tromperie, et même ses vertus, et même cette régu-larité apparente qu’il aflecle pour séduire et fonder son pouvoir, cette pauvreté quicache des richesses énormes, cette austérité qui voile des orgies secrètes et d’indignesjouissances, ce savoir qui n’est que l’art de corrompre et de faire réussir le sophismeet l’erreur, four à tour audacieux avec les faibles, et souple avec ies hommes decœur, il menace ou il datte bassement; il prend les dehors de la franchise et de laloyauté ; il sait jouer Imites les vertus, et n’en posséder aucune ; animé d’un fana-tisme sauvage, il veut, sur les débris du monde, exalter la gloire de son ordre, elfonder la dominalion religieuse vers laquelle il aspire. Les souverains qu’il semblesoutenir ne sont pour lui que des moyens : il est prêt à les trahir si son intérêtl’exige ; citoyen parmi nous d’un Etat étranger, il obéit à un pouvoir occulte et dan-gereux dont l’anéantissement importe au pays.

Ces haines n’étaient pas nouvelles, et si haut qu’on remonte, on les trouve tou-jours attachées au même nom. Jamais société naissante ne souleva plus de colères,et ne fut poursuivie par des accusations plus terribles. Des adversaires pleins dePassions el souvent d’injustice lui reprochent, au milieu de bien des crimes imagi-