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Tome cinquieme.
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Au-dessus de ce magnifique édifice domine le général, dont le nom semble indique)'qu’il a été créé pour la guerre. Maître chargé de chaînes, il peut tout quand il règneen vertu des lois, il ne pourrait rien pour en sortir. Nommé par les députés desprovinces, et par les profès qui peuvent se rendre a l’assemblée, il est choisi commele plus digne; la brigue et l’ambition peuvent seules, mais doivent, sans laisserd’espoir, fermer l’accès à cette dignité suprême, dignité peu désirable, qui n’estqu’une lourde charge pour celui qui ose l’accepter. Pauvre au milieu de toutes lesrichesses de l’ordre, le général n’a rien en propre, ne peut ni jouir ni disposer derien: tout appartient à la société, et six assistants, nommés comme lui par l’as-semblée générale, et que cette assemblée peut seule révoquer, règlent son habille-ment et sa nourriture, ajoutent ou retranchent à sa dépense selon les temps et lesbesoins. Ils sont encore dhargésde dénoncer le général a la société, et de signalerles fautes qui justifieraient sa déposition ; car ce chef, que la volonté de tous s’estchoisi, peut être dépossédé par la volonté de tous. Enfin, Ces assistants deviennentses ministres, et, se partageant le monde, donnent leur nom aux assistances d’Ita-lie, d’Espagne et de Portugal, de France, d’Allemagne, de Pologne, de Lithuanie etdes Indes . Parmi eux, et quelquefois en dehors de leur sein, la compagnie choisitun admoniteur, dont les fonctions, que nous connaissons déjà, sont d’autant plusrigoureuses, que le pouvoir qu’il surveille est plus élevé et plus redoutable.

C’est au milieu de ce conseil, dans la capitale de la chrétienté, qu’aboutit sansrelâche, comme autant de rayons, une immense correspondance dont s’éclairenttous les actes, tous les travaux de cette association. Incessamment les avis ou le sordres, les renseignements les plus précis, les rôles de cette grande armée, les dé-tails sur chaque soldat, descendent du centre a la circonférence, ou remontent desétablissements les plus éloignés jusqu’au siège du souverain pouvoir, parcourantavec lenteur tous les degrés de la hiérarchie, ou s’élançant, ignorés de tous, durang le plus humble au sommet. C’est l’a que résident cette impulsion souveraine elcette énergie dont le monde s’est si longtemps épouvanté, et qui, vaincues aujour-d’hui, savent encore inspirer des craintes et des haines.

Dans ces ordres religieux, que le passé nous a légués mourants, el dont noussommes obligés d’admirer la force sans pouvoir l’égaler, de quelque manière, d’ail-leurs, que nous jugions leurs actes, l’homme n’est rien, l’ordre est tout, la vie dechacun est si bien liée a l’existence de l’association, ses forces et son travail sont sibien employés pour un résultat commun, qu’il est impossible d’étudier l’un sansconnaître l’autre, et qu’on voudrait en vain séparer des destinées si étroitementunies.

Pour peindre le jésuite, il nous a fallu, en quelques traits, esquisser le jésuitismetout entier. C’est dans les constitutions et dans les statuts de l’ordre que nous avonspuisé pour y trouver les devoirs qu’il s’impose, et la vie qu’il embrasse ; nousnous sommes gardé de la voix publique, pleine encore de passions récentes; nousavons voulu faire un portrait impartial et ressemblant, et nous l’avons tracé sansaffection el sans haine, comme l’étranger dont la main grave un nom sur une tombe-

Édouard Lasséne.