LE JÉSUITE.
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choses qui auraient été notées en lui, soient manifestées aux supérieurs par ceuxqui les sauront hors de confession.
Tant d’abnégation d’un côté, tant de pouvoir de l’autre, semblent enfin comblerla mesure; il n’en est rien. Ces vœux solennels qui lient le jésuite a son ordrecomme une chaîne mystérieuse qu’il ne peut jamais rompre, les supérieurs la bri-sent à leur gré. Il faut que rien ne gêne cette société qui poursuit son œuvre autravers de tous les obstacles, que rien n’altère la pureté qui lui mérite les respectsdu monde. C’est une imprudente charité, bien plus, c’est un vice contraire à lacharité même, qui sacrifie le bien de tous au bien de quelques-uns. Inaccessible àcette indigne faiblesse, elle détache, sans hésiter, de son sein les membres vicieuxqui la déshonorent, les ignorants qui ne peuvent la servir, les hommes inquiets etturbulents qui l’agitent par leurs désordres. Les services rendus, les talents quipromettent d’en rendre, ne protègent pas ceux qu’elle veut frapper; et si, dans saclémence, elle consent à pardonner, jamais au moins elle ne perd le droit de punir.
Ce n’était pas assez pour la compagnie de Jésus que chaque membre, disciplinéavec soin et rompu à l’obéissance, fût toujours prêt à se mettre 'a l’œuvre et h luioffrir le sacrifice d’un dévouement sans bornes; que pourraient tant de bonnesvolontés si un lien puissant ne les enchaînait pas, si une organisation sévère, nedonnant pas à chacun sa place, ne lui permettait pas d’accomplir avec ordre letravail le plus utile à tous? Répandus sur toute la surface du monde, associés à lamême fortune, des bords du fleuve Jaune au sommet des Cordilières, ces soldats trou-vent partout des chefs, et si loin que les emporte leur courage, l’autorité supé-rieure descend jusqu’à eux de degré en degré, et les suit pour les encourager, oupour les conduire. Les maisons de probation qui renferment les novices, les collègesoù se forment les écoliers, les maisons professes qu’habitent les coadjuteurs et lesprofès, se groupent en provinces dont l’ensemble constitue ce vaste empire. LaFrance autrefois contenait cinq de ces provinces. Les premières maisons sont diri-gées par un maître des novices; un recteur est préposé aux secondes, et un supé-rieur administre les troisièmes. Un provincial enfin gouverne chaque province, etne s’élève au-dessus de tant de frères qu’à la condition de les surpasser par sa vertuet par sa soumission aux règles qui lui sont imposées. Tous ces officiers sont inves-tis d’un pouvoir absolu, mais non pas sans contrôle : au milieu des sujets qui par-tagent avec eux le fardeau de leur charge, des procureurs qui s’occupent des inté-rêts matériels de la maison, des ministres qui, attachés aux supérieurs et auxrecteurs, s’efforcent de leur concilier l’amour de tous, prenant sur eux-mêmes laresponsabilité des punitions, et renvoyant au chef le mérite des récompenses; aumilieu, enfin, de tous les ouvriers que chaque fonction réclame, ils trouvent desjuges sévères préposés par le chef de l’ordre qui les dirige et les surveille a la fois.Des assistants forment autour d’eux un conseil qu’ils doivent assembler souvent,et consulter sur les mesures importantes; et, près du provincial, plus puissant queles autres, mais aussi plus suspect, un admonileur, dont la présence est une menace,a pour mission spéciale de rappeler à sa mémoire on à son repentir ses erreurs, sesnégligences et ses fautes.