Band 
Tome cinquieme.
Seite
298
JPEG-Download
 

298

LA H A LL K.

la halle. Au premier aspect, vous croiriez ne voir que pêle-mêle et confusion danscet amas irrégulier de bâtiments et de charpentes ; il y existe cependant un ordreadmirable, une classification rigoureuse. Tel dôme recouvre la poissonnerie; telautre, le marché â la viande. Celui-ci est consacré aux marchandes de fruits et delégumes; sous celui-là s’entassent la volaille et le gibier. Tous ces objets de consom-mation sont disposés avec art, et sous leur jour le plus favorable : rien de plus appé-tissant que ces faisceaux d’alouettes et de perdrix, que ces guirlandes de poulels, decanards et de dindes ; rien de plus frais el de plus gracieux que ces paniers de poires,de pommes, de pèches, de raisins, dont les teintes vermeilles ou dorées sont coquet-tement rehaussées par le vert du pampre ou de la mousse. Lorsque l’agaçante bou-chère vous arrête au passage, et vous dit d’une voix caressante : «Monsieur, voilà unbeau rôti; entrez, choisissez votre pot au feu!» vous seriez tenté de vous rendre àson invitation, tant est séduisante l’apparence de celte viande proprement découpée,el dont la membrane supérieure, par une adroite dissection, vous représente l’imagedu grand Napoléon, avec sa redingote, son petit chapeau et sa lorgnette!

Toute la rangée de boutiques qui s’étend le long de la rue aux Fers est occupée pardes marchandes de fleurs naturelles el artificielles : c’est là que le fils et la fille, leneveu et la nièce, le filleul et la filleule, vont choisir le bouquet obligé pour la fêtedu père, de l’oncle, du parrain ; c’est là que la grisette fait emplette de la rose ou dubleuet dont elle décore son élégant bonnet pour le bal de la Chaumière ou du Prado;c’est encore là que l’ouvrier modeste trouve le bouquet, et le chapeau de fleursd’oranger, parure de sa fiancée et symbole de son innocence, lorsqu’il la conduit al’autel.

Il y a aussi un bâtiment spécial destiné à la vente du beurre el des œufs que l’on ytransporte dans d’énormes paniers. Butin, vous découvrez encore un marché, etcen’eslpas le moins curieux, où se fait exclusivement le commerce des pommes de terre et desoignons. Là, votre œil s’arrête avec surprise et plaisir devant une innombrable quant iléde petits édifices artistement construits: tantôt c’est l’oignon qui s’élève en colonnesdorées, tantôt la pomme de terre qui figure de gothiques tourelles; il y a plus d’art,plus de difficultés vaincues dans celte architecture que dans celle des tours penchéesde Pise et de Bologne . Le talent de celle qui l’a inventée participe à la fois de l’habi-leté de l’architecte, du goût du peintre, et de la dextérité du singe. Retirez de cestourelles, de ces colonnes, de ces pyramides, une seule pierre, je veux dire uneseule pomme de terre, un seul oignon, et l’édifice croulera, et vous verrez tous lesmatériaux se répandre sur le pavé des rues environnantes. Reculez-vous, et jetez deloin un coup d’œil sur l’ensemble de ce marché, embrassez à la fois toutes ces enfi-lades de galeries ornées de tableaux vivants, plus pittoresques que beaucoup depeintures, et, à la vue de ce dôme, de ces poteaux, de ces marchandes fières etimmobiles comme des statues, vous croirez apercevoir un temple antique, i escaveaux de l’abbaye de Saint-Denis, un Louvre, un Vatican .

Mais, si vous voulez vous livrer aux plaisirs de celte contemplation, attendez ledéclin du jour : c’est le moment où les rues deviennent silencieuses, où la marchandese prépare à quitter son poste. Alors il vous est permis de vous promener, de regarde 1