LA HALLE.
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el de méditer. Plus tôt, l’observation en grand est impossible; vous seriez perdu dansla foule des acheteurs. Le matin surtout, pendant les heures que la police accordeaux paysans pour vendre eux-mêmes leurs denrées aux consommateurs, vous seriezétourdi, abasourdi ; ensemble et détails vous échapperaient. Mais, comme dédom-magement pour votre curiosité, vous jouiriez d’un spectacle qui ne se présente quelà el à cette heure. Autour des halles, dans les espaces vides qu’elles laissent entreelles, dans les rues qui leur servent d’appendices, et à travers une innombrablefoule de vendeurs immobiles, se meut et circule une multitude d’acheteurs plusinnombrable encore. Tout y est vie, tout y est action, on pourrait dire, tout y estjeunesse ; car, ce qui est vieux s’y rajeunit, ce qui est lent y devient prompt et pétu-lant. 11 le faut bien, sous peine d’êire tourné, retourné, chiffonné, renversé, etpiétiné par la foule comme une perruque par un singe, quand par hasard il lui entombe une entre les mains. C’est un tohu-bohu d’hommes el de femmes, de paysansel de paysannes, de marchands et de marchandes en gros et en détail, de restaura-teurs, de gargoliers, de marchands de vin , de cuisiniers, de cuisinières, de marmi-tons, de fruitiers, d’épiciers , de vieux garçons qui font eux-mêmes leur pot au feu,de femmes de ménage qui le font pour les autres. L’hôtel du ministre et l’échoppe del’écrivain public, la pension bourgeoise et la cuisine particulière, tout se donnerendez-vous à la halle; un million d’estomacs y envoient leurs représentants, dansune proportion bien autrement large que celle qui préside à la composition de lachambre des députés. A chaque pas, ce sont des montagnes de choux , de poireaux,de carottes, de navets, de betteraves, des monceaux de pommes et de poires dont lesespèces recherchées sont soigneusement enveloppées dans du papier. A terre, etprincipalement autour de la fontaine des Innocents, sur une place que l’on nommele carreau de la halle , se trouve un magasin improvisé, un camp volant; chaquemarchand, à son arrivée, peut, en y posant le pied, dire, avec Guillaume le Conqué-rant ou Fernand Corlez : Cette terre esta moi! Là, il ouvre son panier, étale sesfruits, ses racines, el laisse à peine entre sa marchandise et celle de son voisin, unsentier de Lilliputien , par lequel passent des milliers d’hommes, de femmes, d’en-fants, avec des hottes, des paniers, des brouettes. L’oreille y est assourdie par unmélange confus de cris; dix mille voix se font entendre à la fois : De la ciboule! del'ail! des choux de Bruxelles ! une tranche de potiron! du mouron pour les petits oiseaux !de la chicorée ! de la lavande ! Ici, A un sou le quarteron ! là, A deux sous la livre !derrière vous, Mes beaux champignons ! devant vous, A cinq pour un sou les anglais !Vous avancez lentement, poussé, bousculé à droite et à gauche, et partout vousapercevez des bouches plus ou moins ouvertes, garnies de plus ou moins de dents;chacun.veut vendre, et chacun cherche à dominer le cri de son concurrent; d’oùÜ résulte une effroyable cacophonie, à faire fuir le plus intrépide. Mais ce n’est passeulement votre oreille qu’il faut essayer de garantir, ce sont encore vos coudes etvos épaules : ils ont là leur ennemi juré, le porteur. Muni de son panier, de sa hotte°u de sa brouette, il s’en tient toujours un dans le voisinage de celui qui achète engros; ayez l’air d’un maître d’hôtel ou d’un cuisinier, vingt bouches vont s’ouvrirsur votre passage pour vous dire : «Bourgeois, voilà le porteur, le voilà!» Vous