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LES MARCHANDS D’USTENSILES DE MÉNAGE.
lerre , et le malencontreux crieur, avant d’avoir eu le temps de se reconnaître, se vitassailli, terrassé, foulé aux pieds; les coups pleuvaient sur lui comme une grêle : cene fut que de guerre lasse qu’on lui accorda merci; mais il lui fut impossible de serelever; on le conduisit à l’hôpital, où il eut pendant un mois le temps de réfléchirsur les inconvénients d’une imagination trop poétique. Depuis ce temps, notre mar-chand de baguettes, revenu à la simplicité de son premier cri, se montre dans lesrues avec une démarche plus humble, et la tête baissée, frappant d’une de sesbaguettes le faisceau qu’il tient sous le bras, sans doute en souvenir de la terribleleçon qu’il a reçue.
Quelques mendiants aveugles se sont aussi emparés du commerce des baguettes ;mais, dans leurs mains, la baguette n’est qu’un prétexte : leur allure , leur maintien,tout vous annonce qu’ils n’ont rien moins que le désir de vendre. Tenant leur faisceaucomme un soldat porte l’arme au bras, ils tendent en avant leur main creuse, qu’ilvous est loisible de prendre pour la sébile de bois du chien de l’aveugle, ou la boitede fer-blanc que vous présente le sacristain avec cette formule : Pour les besoins del'église, s’il vousplail?
Dans les faubourgs et dans les villages de la banlieue de Paris , on rencontre souventun homme, le dos chargé d’une cassette dans laquelle est un assortiment de coton, defilet d’aiguilles, et qui crie continuellement sur le même ton : En voulez-vous-t-y Pn'en voulez-vous-t-y pas P n en voulez-vous-t-y pasP en voulez-vous-t-y P
ËÈFEŒE
voulez-vous t v pas
Eu voulez-vous t’y,
voulez vous l’v pus,
voulez-vous t’y?
Le commerce de bouteilles et de verres cassés a inspiré à ses chanteurs différentesmélodies, parmi lesquelles il s’en trouve de très-originales. J’ai longtemps entendu unjeune homme, doué d’une voix volumineuse, crier, dans le faubourg Poissonnière, sachanson de toute la force de ses poumons, détachant les syllabes les unes des autresdans la forme suivante :
Srf-lr:
A • vee • vous lî’vrri’» cas • si» à rend’I
Ce crieur a disparu depuis quelques années. A-t-il changé de quartier ? la prospé-rité de son commerce lui a-t-elle fait ouvrir un magasin? ou bien la conscriptiona-t-elle transformé en havresac sa hotte à bouteilles ? Je l’ignore. J’en sais un autreplus heureux dans ses inspirations musicales, qui sait rendre sa mélodie avec toutel’habileté d’un chanteur consommé : il y a du goût et de la grâce dans son petit chantet dans sa petite composition ; c’est un talent au-dessus de son état, c’est un grain quia été étouffé par l’ivraie. Si l’instituteur de l’école primaire de son village avait pu luidonner les premières notions de la musique, on aurait de prime abord, dans leschants de l’école, remarqué sa voix et ses dispositions musicales ; avec la recomman-dation du marguillier, du curé, du maire, il serait venu au Conservatoire de Paris, et