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Tome cinquieme.
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538 LE PROPRIÉTAIRE.

pris son importance sociale au sérieux ; il se soigne comme une vieille dévote. Sises vêtements ne sont pas du drap le plus beau, ils sont au moins du plus fort;ses étoffes ne sont peut-être pas très-brillantes, mais elles sont toujours les pluschaudes. 11 est dans ses habits comme un saint dans sa châsse, hermétiquementenveloppé. En s’attaquant à sa personne sacro-sainte, les vents coulis s’attaquent ala société; s’il tousse, elle est menacée d’une fluxion de poitrine, et le proprié-taire tremble pour celle dont il est le plus auguste représentant.

S’il n’avait appris la modestie avec le peu de latin qu’il s’est empressé d’oublierau sortir des classes, volontiers le. propriétaire dirait comme Louis XIV : « L’Etat,c’est moi. »

Il y a, au temps où nous sommes, îi peu près dix millions de Louis XIV enFrance. La France est le pays qui en possède le plus; mais tous ces Louis XIV nesont pas de grands seigneurs; il y en a beaucoup a qui leur titre de propriétairesne donne absolument que le droit de mal dîner après n’avoir pas déjeuné. Si ceux-ci n’avaient pour vivre que leur qualité seulement, ils courraient fort le risque demourir de faim; mais grâce a l’industrie, ils trouvent le moyen d’échapper à celtedure extrémilé. Il y a des propriétaires savetiers, chiffonniers, balayeurs; il y ena d’autres qui sont marchands de coco, vendeurs de contre-marques, conducteursd’omnibus, gabelous, que sais-je encore? Gardons-nous de parler de ces proprié-taires-la, ils usurpent un titre qui ne leur appartient que parce que le dictionnairede l’Académie est trop pauvre pour leur octroyer un substantif plus convenable; etpassons au propriétaire que la tradition nous représente couvert d’un habit marron,ace propriétaire aisé, rentier, fortuné électeur, éligible et décoré, que le vaudevillea fait passer à l’état d’oncle.

Ceux-l'a seuls sont les petits saints de ce paradis où il y a tant d’appelés et sipeu d’élus; les autres ne sont rien que des intrus.

Ainsi que Paris résume la France , le propriétaire parisien résume les proprié-taires français . Pour les bien connaître tous, il n’est donc point nécessaire de passerles barrières et d’aller voir comment les foins se fauchent en Normandie , et dequelle façon les raisins se foulent en Bourgogne . Nous l’avons dit, les propriétairessont un: c’est l’hydre à mille queues de la fable; ils sont dix millions de corpsqu’anime une seule pensée. Cette pensée a pris un nom dans la science dont Gaflfut le Messie, après que Spurzhein en eut été le précurseur. Cherchez bien sur uncrâne phrénologique, et vous le trouverez écrit sur une protubérance latérale. Cemot est Vacquïsmlê-

Hélas! et pour le dire en passant, celte protubérance, ou, si mieux vous l’* 11 'niez, celte faculté qui fait mettre à la caisse d’épargnes les économies qui doiventun jour payer une métairie, n’est-ce pas celle aussi qui conduit la main des voleursdans la poche des passants? Quelle médaille n’a pas son revers !

Pour peu qu’on soit doué de ce sens physiologique qui fait discerner la pr 0-fession sous les traits du visage et deviner le caractère sous l’enveloppe dfSparoles, on reconnaîtra bien vite un propriétaire a la manière dont il marche et dontil cause. C’est un personnage qui ne fait rien comme tout le monde. Il y » dans