3f -î LU PROPRIETAIKE.
hâtons-nous de le dire, ils permettent qu’on boive du thé, et ne proscrivent pasun peu de musique.
11 est une chose dont le nom seul réveille la terreur au cœur de tous les pro-priétaires; une égale sympathie les unit pour la maudire; heureux s’ils pouvaient,en la rayant du dictionnaire, la bannir du monde. Cette chose, c’est la réparation.
Qui que vous soyez, locataires du premier, sans entre-sol, ou des combles, ne leuren parlez jamais, si vous ne voulez voir leur front s’obscurcir: la réparation est uneennemie mortelle qu’ils ne savent comment éviter; c’est le Pitt et Cobourg detous les propriétaires; ils la voient partout. Mais, en revanche, elle n’a pas d’alliésplus fervents que les locataires; c’est par leurs mains qu’elle s’introduit dans lamaison ; sans cesse ils l’invoquent : les cheminées fument, comme si elles avaientété inventées pour faire autre chose; les portes ne ferment pas; les fenêtres jouentmal ; les plafonds s’éraillent ; les conduits s’obstruent ; et, quoi que fasse le proprié-taire, c’est toujours, pendant l’année entière, une queue de maçons, de fumistes,de menuisiers, qui réparent ce qui est irréparable.
La réparation est le cauchemar du propriétaire. Ils consentiraient â tout, auxchiens, aux chats, aux enfants, aux bals, 'a condition d’en être débarrassés. Mais laréparation est sœur de la construction; où l’une arrive, l’autre va.
Si, pour le propriétaire campagnard, tout est bien dans l’état quand le prix desdenrées est en hausse, pour le propriétaire citadin, tout va pour le mieux dans lemeilleur des mondes quand les loyers sont acquittés exactement. Entre toutes lesquestions dont notre siècle est si prodigue, c’est la seule qui les préoccupe, et s’ilss’inquiètent de la guerre, c’est parce qu’ils craignent que la victoire ne diminue lenombre des locataires.
En somme, le propriétaire est plus qu’un homme, c’est presque un demi-dieu.Entre ses mains il lient le sommeil de la nation ; d’un mot il pourrait, si la fan-taisie lui en prenait, envoyer la nation coucher a la belle étoile, et l’on sait ce quec’est que la belle étoile du ciel de Paris. Quand nous pensons a cette éventualité,nous sentons notre âme saisie d’un respect religieux, et, à l’aspect d’un propriétairegravement revêtu des insignes de son pouvoir, sous forme d’une quittance, vo-lontiers nous nous écrierions avec M. de Voltaire :
Qui que tu sois, voici ton maître;
11 l’est, le fut, ou le doit être.
Maintenant que nous sommes au bout de notre monographie, permettez-noiis,ô lecteur, de faire un souhait, ne fut-ce que pour vous récompenser de nousavoh'suivi jusqu’ici.
Si vous êtes propriétaire, restez-le; si vous ne l’êtes pas, hâtez-vous de I edevenir.
Aihédée Achard.