Band 
Tome cinquieme.
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L'HOMME SANS INOM.

Ut

.satisfaction des plus abjects instincts de l'humanité, à la paresse, il l'ivrognerie, ala gourmandise? Comment faire l'histoire de cette dépravation qui a un pied danstous les bagnes, un autre dans tous les lupanars? Avant de pénétrer dans ce chaosobscène, dans cet enfer de la morale, nous cherchons vainement a allumer dansnotre âme celle faible lueur de compassion qui éclaira quelques-unes des pages dela vie de Mariette. Peut-être celte compassion invoquée arrivera-t-elle plus lard.I. 'amant de la femme sans nom n’est-il pas mort sur l’échafaud?

C’est donc lui que nous allons prendre pour type. Aussi bien, en parlant de samaîtresse, avons-nous esquissé quelques-uns de ses traits. L’acteur secondaire autrefois va maintenant jouer le rôle principal ; l'homme sans nom est sur la sellette ;faites sortir pour un moment les femmes, les enfants, tout le public inutile; à pro-prement parler, nous allons faire de la littérature a huis clos.

Crochard, qui devint plus tard célèbre sous le nom de Main-Fine, était fils d’unchiffonnier et d’une chiffonnière, c’est-â-dire qu’il n’eut à peu près ni père nimère, car il fut complètement privé de ces soins et de celle tendresse qui fontla paternité ; dans ce monde misérable, la plupart des mères n’allaitent pas leursnouveau-nés, c’est l’Etat qui se charge de ce soin. Dans toutes les grandes villes,il y a des établissements où l’on fait nourrir les enfants du pauvre par la femmedu pauvre. Quand le malheureux rejeton, soigneusement noté et étiqueté, est enâge d’être sevré, on le rend à ses parents; mais souvent le prolétaire est trop mi-sérable pour vivre en famille. On a fait ménage pendant quelque temps, mais lamisère survient qui prononce un fatal divorce, et chacun reprend la hotte qu’ila apportée dans la communauté ; on se partage les chiffons recueillis pendant lanuit dernière, et l’on se dit adieu quelquefois la larme a l’œil, quelquefois aussile sourire sur la bouche. L’enfant ne retrouve donc ni père ni mère au logis, alorson le ramène à l’hôpital. Ou bien, s’il a encore assezde bonheur pour rencontrer en-core le couple paria qui lui a donné le jour, il prend place au foyer, et la mère, aprèsavoir passé la nuit h fouiller la boue des ruisseaux, prend son fds dans ses bras, etdemande l’aumône le jour. Ainsi firent les parents de Crochard. Comment il vécutjusqu’à quinze ans, Dieu seul peut le savoir ; ce qu’il y a de certain, c’est qu’à cetâge, nul ne possédait mieux que Crochard cette gaieté sombre, ce triste scepticisme,cette dépravation précoce et fatale des sens et de l’esprit contre laquelle les fils duprolétaire cherchent longtemps à se débattre, mais qu’ils ne peuvent parvenir àsecouer. A quinze ans, il avait la richesse et la science de tous ceux qui n’ontrien et qui ne savent rien, l’envie! Il vivait de ce qu’il gagnait en ouvrant la por-tière des fiacres, ou en vendant sa place à la queue des théâtres, saluant ironique-ment ceux qui le payaient bien, injuriant sans vergogne ceux qui ne le payaientpas, spirituel et méchant comme tous ceux qui n’ont pas d’autre muse que la faim.Un soir, une femme du trottoir remarqua en passant sa bonne mine et sa jeunesse,elle lui lança un regard, puis deux, puis trois, si bien que le jeune Crochard com-prit eu lin ce que cela voulait dire, et devint son amant. C’était probablement unecourtisane de trente ans, une désillusionnée qui senlail reverdir son dernieramour : quoi qu’il en soit de l’état de son âme, celui de sa fortune était asse*