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Tome cinquieme.
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I.’HOM MK SANS NOM.

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satisfaisant. Notre amoureuse avait fait lies économies, elle possédait des meubles,du linge, et une cinquantaine de louis cachés dans un bas de laine au fond desa paillasse. Il est dans la destinée de toutes les douairières de faire des folies;celle-ci en commit une bien grande en tirant Crochard de son obscurité. Quel bon-heur pour un homme qui a marché nu-pieds toute sa vie, qui n’a eu pour tout vê-tement d’été et d’hiver qu’un bourgeron délabré, qui n’a jamais fumé que desbouts de cigare ramassés dans la rue, de faire crier sur le pavé de bonnes semellesde bottes, de se promener en redingote d’alpaga, une pipe d’écume à la bouche,une casquette sur le côté de l’oreille ; oh ! la casquette ! la casquette ! mot magiquequi fait battre tant de cœurs ! Que d’enfants, trop pauvres pour en acheter, seconsument de désirs pour elle, et combien de fois Crochard s’était dit qu’ildonnerait un an de sa vie pour avoir seulement une de ces toques rouges a laBuridan , comme en portaient les garçons coiffeurs et les rapins, il y a quelquesannées! Il l’eut, cette casquette, et du plus beau rouge encore; il eut de plus unpantalon quadrillé a large plis, un gilet à la Robespierre et un col en crinoline.Ce fut ce qui le perdit. Une fois au milieu de ce luxe et de cette abondance, ilcontracta des habitudes de plaisirs et de parure immodérés ; il réalisa la comédiede la vieille femme et du jeune mari, il lit si bien qu’au bout de trois mois tousles meubles étaient brisés, tout le linge était en gage, tous les napoléons étaientpartis avec Crochard, devenu l’amant heureux d’une plus jeune maîtresse.

Nous n’avons pas besoin de vous dire quel succès obtinrent dans le monde dela prostitution celte intelligence, cette beauté, cette jeunesse. Tout de suite, il fi 1partie de l’élite de cette fashion qui se réunit chez les marchands devin. Le soir, il sepromenait sur le boulevard au milieu d’un harem ambulant, dont les faciles oda-lisques réservaient pour lui leurs sourires les plus gracieux, leurs regards les plusfurtifs; le jour, il vendait des bijoux contrôlés, quand ses amours lui laissaientquelque loisir. Le chapeau sur l’oreille, les cheveux harmonieusement peignés, lecigare à la bouche, les mains dans les poches de sou pantalon, il dominait auPrado, et n’aurait pas été déplacé à la Chaumière. 11 buvait avec modération, bat-tait rarement ses maîtresses, et ne jouait pas au billard. Sa réputation d’hommecomme il faut était si bien établie, qu’un chef de claque lui lit proposer de s’asso-cier avec lui, peut-être même aurait-il consenti, au bout de quelque temps, a luidonner sa fille. Crochard refusa, parce qu’il voulait conserver son libre arbitre authéâtre, et son indépendance dans la vie.

Mais ce n’est pas la le type que vous nous aviez promis, s’écrieront peut-êtrequelques lecteurs impatients ; ce n’est point là l’homme dont vous voulez parler,celui dont il devait être question dans cet article est bien autrement terrible, bienautrement corrompu : notre homme sans nom est assassin et voleur, il porte unpoignard et une trique, il vit à coups de stylet, et il aime à coups de bâton, il atoujours dans le regard le vin ou le crime, ces deux grandes colères... Il se peut q iu 'notre héros, puisque héros il y a, ait été ainsi fait, il se peut même qu’il soit lelencore dans certains quartiers de Paris , mais, en général, ses mœurs ont bien changeCe qui était autrefois la règle est devenu aujourd’hui l'exception. L’œil vigilant de