1,’IIOM M K SANS NOM.
pour commencement unique, et pour toute lin, la brutalité des sens, chaos querien ne peut débrouiller, marais infects dont il est inutile de sonder la profondeur?Les préoccupations, les instincts, les habitudes ordinaires de l’homme sans nom,vous les devinez tous. A quoi bon vous faire pénétrer dans ces repaires où l'onparle argot, dans ces réunions où s’agitent tant de questions criminelles ou obscènes?La seule chose que nous devions dire h la louange de celui que nous n’osons pasappeler notre héros, c’est qu’au rebours de ses confrères des autres pays, il estamant et non pourvoyeur. Dans sa bassesse il y a un certain orgueil, dans sonhumiliation il y a une espèce de dignité. Les fonctions de l’affranchi romain et del’abbé italien ne sont plus guère remplies en France que par des femmes. L’en-tremetteuse prend toutes les formes, porte tous les costumes, exerce tous les mé-tiers. Courtisane sur le retour et grande dame, vieille femme, et pauvrementvêtue comme celte revendeuse a la toilette que vous avez dû rencontrer bien sou-vent. Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce métier plus infâme que l’in-famie; que dire de ces femmes qui avilissent leur âme, après avoir avili leur corps,qui font servir l’expérience de leur premier amour 'a tromper d’innocentes jeunestilles, sinon qu’elles sont maudites de Dieu , et que si Satan reparaît encore quel-quefois sur la terre, a coup sûr c’est sous les traits vils d’une entremetteuse !
Il y a cependant des individus qui passent pour de fort honnêtes gens du reste,qui ne craignent pas d’exercer cette petite industrie à leurs moments perdus, etcomme pour se distraire. C’est une branche qu’ils ajoutent à leurs revenus, unléger gain qui ne leur donne aucune peine, aucun souci à obtenir, un commercecommode et facile, dont le produit leur sert plus tard 'a établir leur tille. Le con-ducteur de diligence est au fait de la chronique scandaleuse de tous les relais. IciMarguerite a été abandonnée ; la Goton fait la coquette; plus loin Jeanne a enviede voir Paris . Tous les jours en passant il offre une place sur la banquette h Mar-guerite ; il dit b Goton qu’il y en a bien peu d’aussi jolies qu’elle b Paris ; il prometb Jeanne de lui trouver une excellente condition. Marguerite consent la première,puis l’une, puis l’autre. Files sont toutes les trois confiées b une vieille femme quien fait ce que vous savez ; l’honnête conducteur, qui prenait tant d’intérêt 'aces troisjeunes fdles, touche sa prime et remonte sur son impériale, cherchant partout desyeux d’autres victimes sur la route qu’il parcourt. Dans chaque ville, il y a des gensqui font ainsi du proxénétisme par correspondance, et parmi ceux qui exercent cehonteux négoce, on a trouvé des officiers de santé!
On nous dira peut-être encore que cette existence que nous venons de décrireest une exception dans la réalité. Nous ne soutenons pas le contraire, mais nous avonschoisi notre modèle dans l’exception, parce que la réalité vulgaire est impossible,parce qu’elle n’apprend rien, parce qu’elle n’éclaire aucun côté du cœur. Dureste, qu’on ne s’y trompe pas, il y a dans le fléau dont nous parlons des excep-tions bien plus douloureuses que celle de Crochard, et nous aurons le courage deles dire.
C’est quelquefois une conséquence des plus fortes passions et des plus nobles, deconduire aux plus grands désordres. Il est des cœurs mobiles chez lesquels l’amour