I,'HOMME SANS NOM.
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lous les jours: et si sa maîtresse, fatiguée, veut rentrer chez elle, lorsque laboue et la pluie rendent le pavé désert, c'est lui qui la ramène sur le trottoir, etlacontraint, malgré sa faiblesse, h poursuivre, jusqu’à l’heure des rondes do surveil-lance, les chances d’un gain illusoire. Tantôt elaqneur, tantôt marchand de contre-marques, tantôt allumeur de chalands autour de la boutique volante du marchandde bijoux contrôlés, Crochard tourne peu à peu au gr'mchc, on le surnomme Mnin-Fine, et les sergents de ville t’honorent d’une surveillance toute particulière.
Le métier qu’il a jusqu’alors exercé en amateur, et dont il n’a vu que le beaucôté, il faut qu’il en subisse toutes les conséquences. Dans ces antres obscènes de laCité, dans les fossés des boulevards extérieurs, ce n’est pas d’une protection illu-soire dont sa maîtresse a besoin. Là, tous les jours, il faut payer de sa personne ;les plus récalcitrants doivent être mis a la raison; que deviendrait l’existence deCrochard, où prendrait-il du tabac, de l’eau-de-vie, si l’on pouvait frustrer sa com-pagne de son salaire? cette femme qui travaille pour lui, permettra-t-il qu’on labatte? Non certes, et quand viendra le jour des règlements de compte avec l’hor-rible hôtelière, quand il faudra mettre en règle le doit et l’avoir de la prostitu-tion, qui mettra sa trique dans la balance qu’on veut faire pencher d’un seul côté ;qui vérifiera avec le poing les chiffres de celle monstrueuse tenue de livres, si ce n’estCrochard? Faire tort à sa maîtresse, mais c’est le réduire lui-même à la mendicité :aussi nulle rigidité sur ce point ne peut être comparée à la sienne ; les plus habilessorcières perdent leur grimoire à essayer de le voler, ce qui ne l’empêche point devoler les autres.
Entouré de compagnons plus vieux que lui dans l’infamie, son amour-propreconsista dès lors à les égaler; il n’eut pas de peine à y parvenir,, il les dépassamême, parce qu’il était plus intelligent. 11 fut l’un des héros de cette école quicommentait Robert-Macaire à coups de poignard. A vingt et un ans, il était déjàrepris de justice et meurtrier. Caché dans les carrières de Montmartre, rôdantquelquefois des jours entiers, comme une bête fauve, autour de Paris sans oser yentrer, il finit par tomber entre les mains de la police. Les funestes semences de lajeunesse, celle ivraie de la misère qui étouffe toujours le bon grain, avaient tropprofondément germé dans son cœur : elles le poussèrent sur les bancs de la courd’assises. C’est au milieu de ce triste drame des débats que cet homme, qui avaittraîné le boulet et assassiné en riant peut-être, fit voir qu’il tenait à l’humanité, dumoins par un côté. Luc femme avait partagé ses longues misères, une femme n’avaitpas eu peur d’essuyer ses mains ensanglantées ; cette femme, qu’il couvrait de coupset de meurtrissures, elle est là derrière le banc fatal, cachée parmi les auditeurs;eh bien, lui, Crochard, le forçat, il oublie de disputer sa tête au bourreau, ilcherche à rencontrer le regard de Mariette : s’il a été assez heureux pour l’aper-cevoir, il rentre presque joyeux dans sa prison. Condamné, il demande à la voir,et ne sachant comment la consoler, il lui promet de mourir avec courage. Le voilà,lui aussi, redevenu homme par l’amour. Nous avions bien raison de croire que lacompassion viendrait avant la fin de ce récit.
Que dire maintenant de ces corruptions banales, de ces immoralités qui ontv .13