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Tome cinquieme.
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L'OUVRIER Dli PARIS.

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voir ces mains aussi dures que le 1 er qu’elles remuent s’adoucir et devenir trem-blantes, plus tremblantes que les mains de la jeune mère elle-même autour deslanges du nouveau-né. Il le berce, il le calme avec une tendresse vraiment lou-chante ; pour l’endormir, sa voix semble avoir désappris ces refrains bachiques dontelle faisait naguère tonner les échos de la barrière. Tous ces refrains maternels qu’ilentendit jadis sont revenus dans sa mémoire, revêtus d’un charme, d’une poésiequ’ils n’eurent jamais pour lui; il les répète a demi-voix, il les interrompt pourregarder, pour baiser encore le front blanc et pur de l’ange que le ciel lui envoie.Auprès du lit de la jeune mère, près du berceau du petit enfant, le dur travailleurest devenu une femme tendre, attentive, empressée.

Après cela, le naturel reprend le dessus : on ne peut s’attendrir ni roucouler tou-jours, et l’on rirait de nous, si nous faisions d’un forgeron ou d’un charpentier de larue de l’Oursine un langoureux pasteur du Lignon; mais ces moments où l’âmeprend le dessus sur ces natures trop énergiques pour ne pas être un peu grossièressont plus communs qu’on ne pense dans le ménage de l’artisan, et c’est bien enparlant de sa femme que les Espagnols pourraient dire : « La lune de miel, pour'elle,a plus de quatre quartiers. »

Cette influence que la compagne du travailleur acquiert sur lui de plus en plus, ilne cherche pointa s’y soustraire; il s’en trouve trop bien : elle est comme la Pro-vidence, on s’y soumet en la bénissant. Le samedi, jour de paye, il lui apporte ré-gulièrement le gain de la semaine... Heureuse la ménagère quand, sur cette petitesomme qu’il jette en riant dans son tablier, elle lorgne du coin de l’œil la pièce quiira grossir le sac destiné à la caisse d’épargnes!

On a vu des ouvriers moins sûrs d’eux-mêmes emmener leurs femmes avec euxce jour-l'a, pour se soustraire aux tentations, et ne pas vouloir loucher à ce salairequ’ils avaient si bien gagné. Ceux qui, cédant à une mauvaise habitude, se laissententraîner au cabaret, ne résistent guère aux instances, et même aux chaudes algaradesavec lesquelles leurs femmes, quelquefois, viennent les y relancer. On en a vu qui, uninstant avant, déjà poussés par un petit coup, parlaient de tout démolir, les bancs, lecabaret, le cabarelier lui-même, et jusqu’au sergent de ville, se radoucir tout à coupà la voix de la hardie ménagère se hasardant a leur recherche, et filer, les mainsdans les poches, comme s’ils fussent entrés là par le plus grand des hasards.

Par malheur cette sévérité, cette économie, cet ordre de la femme de l’ouvriers’humanisent trop généralement en face des plaisirs du dimanche. Malgré tousles conseils du bon sens et de la raison, le dimanche est, pour le ménage de l’artisande Paris , le jour où se dépense le superflu qu’il a pris sur le nécessaire du reste dela semaine. Leur prévoyance, quoi qu’on fasse, ne s’étend pas au delà de huitjours, et ils semblent 11e connaître d’autre avenir que le dimanche.

Dans la belle saison, il faut bien suivre ces émigrations en masse des quartierspopuleux dans la direction des barrières. On comprend à merveille le besoin qu’ontces braves gens, retenus toute la semaine dans le méphitisme de leur grande cité,de respirer un air plus pur sur les coteaux de Lîelleville ou de Ménilmonlant, etd’imprégner leurs poumons de ce bon vent frais qui suit le cours de la Seine , le