Band 
Tome cinquieme.
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L’OUVIWKIi l)K PARIS.

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long des quais de Belleville , du Jardin des Piaules ou du Gros-Caillou. Ce veut, eelair, cet exercice, leur communiquent une force, une vivacité nouvelles, et augmen-tent leurs dispositions au travail ; mais ces excursions aboutissent presque toujoursa la guinguette, et leur but immanquable est la table sous la tonnelle, la labié où lecivet de lapin, où le vin de Suresnes et de Prie, dont on l’arrose largement, coûtentplus cher que ne coûterait le dîner plus sain apprêté par la ménagère. Qu’y faire?telles sont leurs habitudes, tels sont leurs plaisirs, sic mine sunt mores; et tout enblâmant cette occasion de dépenses revenant à jour lixe, et absorbant le plus clairdu gain de l’ouvrier, il faut bien reconnaître que ces plaisirs pris en famille n’ontrien de choquant pour les bonnes mœurs. Lorsqu’au dessert le cornet a pistons et leflageolet qui fredonnent joyeusement sous la charmille viennent conseiller un galopconjugal ou une contredanse qui rappelle les amours, le garde municipal, cerbèredressé contre l’immorale cacliucha, peut laisser dormir la surveillance que lui com-mande sa consigne pudibonde. L’ouvrier trouverait mauvais que le vice impudem-ment déhanché vînt se poser devant sa compagne ou sa tille comme devant des pro-stituées.

Combien ces plaisirs de la guinguette de la banlieue, tout coûteux qu’ils soient,nesont-ils pas préférables aux délassements fiévreux et malsains de la ville? Quelledifférence de ces joyeuses distractions prises sous le tilleul ou le marronnier, avecces longues séances au milieu de l’air chaud et malsain des théâtres, où le mélo-drame, imposteur, braillard et convulsif, pour quelques rares leçons de moraleapplicables a la position de l’ouvrier, dépose dans son esprit et laisse dans sa mé-moire l’expression barbare de mille sentiments exagérés, de mille sensations péni-bles, de mille émotions dangereuses.

Vous riez, vous, homme de salon ou de journal, de tous ces fous stupides quin’expriment la passion que le poignard ou le poison à la main; vous haussez lesépaules à celte situation forcée ; vous réduisez a leur juste valeur toutes ces exagé-rations, tous ces mensonges historiques, écrits et dialogués en mauvais français !Dans liobert-Macaire, vous n’avez vu que le talent et le caprice d’un acteur qui,las de faire trembler, a voulu faire rire; vous ne voyez dans tout cela que des motsd’auteur, comme dit la portière de Henri Monnier ; mais, a côté de vous, on a prisle tout au sérieux ; on s’est fait une idée de la société, de l’histoire, des prêtres,des rois, des riches, des nobles, d’après les tableaux de cet indigne musée, et Dieu sait sous quels traits ils y figurent le plus souvent! Tandis que vous pouffez de rireaux extravagances de Frédérick Lemaître sous les haillons du bandit, ne vousarrêtant toujours qu’au côté artistique de ce tour de force dramatique, à côté devous, l’on allait au fond de ces plaisanteries et de ces rires, et l’on en lirait des coït'séquences. On se demandait si le crime qui inspirait de si bonnes farces, et avait, ace point, le talent d’égayer le bourgeois, était aussi répréhensible, aussi punissablequ’on voulait le faire croire, et si la société, après avoir battu des mains au meurtredes bons gendarmes précipités du cintre dans le trou du souffleur, n’était pas laplus grande folle du monde de payer si cher pour en entretenir sur les grandesroules, et faire arrêter des hommes aussi drôles que l’ertrand et son compère.