10 LE M K DEC I N DE V I L L A C K.
Il y a bien encore quelques autres petites formalités de peu d'importance, mais quine font rien à la chose; le plus souvent elles la gâtent. Peu importe, après tout, au me-nuisier, au fossoyeur et à monsieur le curé que vous sachiez par principes, comme ondit, pourquoi votre malade meurt, pourvu que, en somme, c’est-à-dire en masse,
11 meure, sccundnni artem, cl qu’ils fassent des bières en peuplier d’Italie, desfosses en terre sainte et des funérailles à grande volée. A la guerre comme à la guerre;lant mieux pour qui tourne la chance.
«Eh bien! père Thomas; comment vous trouvez-vous aujourd’hui? Un peumieux, hein? C’est la potion. Que dit la tête? — Pas grand chose de bon, monsieurMésenterre, allez.— Bien. Ce sont les pilules. Votre main ; non, l’autre. Et l’estomac?Avez-vous mal à l’estomac? soixante-quatre, soixante-cinq, soixante-six. — Ah ! oui,monsieur Mésenterre; tout plein. — Bon. Soixante-six. Pouls anormal; légère inter-mittence. Tirez la langue; plus long. Allez-vous à la garde-robe? — Monsieur, jene sais pas... — Comment, vous ne savez pas ? — Je ne sais pas ce que vous voulezdire. »
Vous reprenez : « Vous boirez malin et soir... » et le reste. C’est bien simple. Peuimportent l’âge, le sexe, le tempérament, les habitudes, le régime el le caractère dumalade; l’acuité, la chronicité, la périodicité, l’intermittence, la recrudescence oula somnolence de la maladie; qu’elle affecte l’encéphale ou le rectum, le colon trans-verse ou l’intestin grêle, la région cardiaque ou la région pubienne, la cavité thora-cique ou la synovie articulaire, les glandes sous-linguales ou les trompes deFallope;que ce soit le tétanos ou la fièvre scarlatine, la catalepsie ou la petite vérole, des tu-bercules ou un rhume de cerveau, une hernie inguinale ou une fluxion à la mâ-choire; ne sortez pas de là : Vous prendrez malin et soir... comme devant. Vousn’en serez que plus sûrement un bon et véritable médecin de village.
Et comment voulez-vous, après tout? T’habitant des campagnes est la bête de sommede la civilisation, le limonier du char social dont le riche est la mouche. Quand lecheval de charrue est malade au temps des couvraines, est-ce avec du repos qu’ils’agit de le guérir? Une friction et la sellette, un breuvage et le collier : En route,blond! La limonade, l’orangeade, l’eau gommée et le fauteuil, n’ont ni cours nicréance au village. Ces sages lenteurs sont bonnes tout au plus l’hiver, en saison derepos, si d’aventure il n’y a pas fumiers à charrier ou fagots à déboijuer. A ces corpsendurcis par la fatigue, appauvris par les privations, brûlés par l’oxigénation desglaces et de la canicule, il faut médecines de cheval et breuvages à l’avenant. Du lit ala charrue il n’y a place que pour une ordonnance. « Baillcz-la-moi bonne et quej’aille à mes chevaux. » Le médecin temporisateur et méthodique des villes en estencore aux prémisses, que tout est dit pour le médecin de village.
Le monde est superficiel. Il y a des gens qui s'imaginent follement, la tête surl’oreiller et les pieds sous la plume, qu’il suffit de s’en aller, pendant quelque partsix ans, étudier l’anatomie, la physiologie, la pathologie, la nosographie, la chimie,la physique, la botanique, la pharmaceutique, la clinique; de promener, pendantle même nombre d’années, son individu autour des malades et son scalpel au de-dans des cadavres; de passer ses journées la main dans les opérations, les panse-