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Province. Tome premier.
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mine pas brusquement. De quelle influence ne sérail pas sur les villageois ignorantset misérables la présence de ces hommes éclairés, puissants de savoir et de dévoue-ment, s’ils voulaient courageusement se dévouer a cette généreuse mission ? Que depréjugés ridicules et funestes a déraciner! combien de conseils à semer, que d’a-méliorations matérielles et morales à tenter ! Et l’on sait de quel poids est la voixdu médecin ! La jeunesse se plaint que les portes de l’avenir sont fermées pour elle ;celle-ci est ouverte toute grande. Il est vrai que pour en passer le seuil il faut laisserderrière soi l’habitude sitôt prise de ce que l’on nomme les plaisirs de la société;comme si la conscience d’un devoir accompli et les joies de l’étude, impérissables etsans remords, ne pouvaient faire une existence digne d’êlre tentée. Mais non : l’oncraint de s’enterrer dans un village, de s’encroûter au milieu des paysans, de ne trou-ver personne à qui parler; et l’on babille chez la modiste, on va au bal et au spbe-laele, on lit Paul de Kock a 2 sous le volume, on pérore sur la fraternité universelleet sur la misère du peuple, et l’on meurt de faim, ou d’ennui, ou de regrets, oud’opium.

Ainsi vont les choses humaines. Où la vie est plus précieuse et la santé plus né-cessaire; où l’existence est dans le travail et le pain des enfants dans les bras dupère; où huit jours perdus font des mendiants quand la misère ne franchit de suitece pas si glissant : la une médication abandonnée it ses propres forces, privée dessecours et du stimulant intellectuel qui rayonnent autour des grands foyers de lascience, et dont le tact est émoussé par les aspérités sociales et les durillons de lapauvreté, lutte a la fois et souvent avec un sublime dévouement, contre l’obscu-rité du mal et l’ignorance du malade, contre les progrès de la maladie et les ravagesde la misère, tandis que dans les villes, la richesse, les hospices, la charité officielleet la bienfaisance voilée tendent au médecin une main douce et facile, permettentune temporisation impossible au village, enlèvent aux yeux du malade le spectacledéchirant et mortel d’une famille sans pain et d’un lendemain sans asile, et trans-forment en une foule de cas la science de guérir en l’art de savoir attendre.

Qui me dira s’il faut rire ou se fâcher rouge? Où est la balance équitable du bienet du mal que fait au village son médecin facétieux, routinier, bienfaisant et conso-lateur? Lui infligera-t-on le docteur noir avec sa science, ses prescriptions et seslenteurs ruineuses, et obtiendra-t-il jamais auprès des paysans têtus et rétifs l’en-tière et aveugle confiance du médecin selon leur cœur? C’est la foi qui sauve.

Ce que les institutions ne peuvent, sera fait par un agent plus puissant quel’homme, le temps. Le type pur du médecin de village qu’on a eu l’honneur de fairepasser sous les yeux du lecteur disparaît de jour en jour et fait place au jeune mé-decin connu sous le nom d’officier de santé.

Que Dieu protège la vôtre !

ÉCARNOT.