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Province. Tome premier.
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ligure, qui interroge gravement, examine son sujet comme on regarde passer unconvoi, médite, cligne de l’œil, sourit jaune et répand dans l’escalier un son decloches et une odeur d’église. — « lili bien, gros Pierre, c’est vous qui accouchez celtefois, lié, hé ! Vous voila sur le dos comme un pigeon sur le gril. Soyez tranquille ,vos plumes repousseront plus vile que les siennes, lié, Guiguilc, descendez un peuà la cave. » Sur quoi il s’attable, abdique sou chapeau, développe son abdomen etlaboure sa tabatière. « Les blés du voisin liuron sont beaux, mais les jeunes tillesleur font du tort; elles aiment trop les bluets. Thérèse Coupon en cueillait dans lapièce à Jean-Claude l’autre soir, et, se voyant serrée de près, elle s’enfuit et a perduses fleurs. Le curé dit que sa servante a forcé la serrure de sa cave et qu’il la chan-gera pour une neuve. Monsieur le maire a pris, le mois passé, un arrêté pour qu’iln’y ait plus de pauvres dans la commune ; l'a-dessus il a trouvé trente peupliers sciéspar le pied. Second arrêté qui ordonne que tout le monde pourra être pauvre aprèsavoir payé ses contributions et les mois d’école des petits. Le père Crotard veutmarier sa tille à Simon Toulet qu’elle n’aime pas; elle lui a dit que s’il l’épousaitmalgré elle il verrait. »

C’est la médecine expectante du médecin de village; c’est la bonne. Les habitudes,sinon simples, du moins frugales des campagnards, n’ont que faire de la pratique raf-finée des villes. Leurs maladies sont uniformes comme leur vie; la fatigue et lesprivations les produisent pour la plupart. Du bouillon graset du bourgogne, quelquessangsues et des contes gais, voilà la pratique, et notre homme la connaît. Leur par-lera-t-il de Lamartine ou deSand, de Virgile ou de Shakspere, de Tite-Live ou deSismondi ? S’il connaît ces noms, il les oubliera ; et s’il ne les connaît pas, il s’enpasse bien et ses malades aussi. Il faut des caractères d’une trempe supérieure, desgoûts et des besoins profondément enracinés, pour conserver dans cette continuellefréquentation du chaume l’amour pur et saint do la littérature. Parcourir une lettrede Pascal et. percevoir l’historique d’un gargouillement dans le ventre avec de grandsmaux de tête et des rhumes d’estomac, sont aussi antipathiques que le pouvoir etla mémoire. Le médecin littérateur que la nécessité rive au village, meurt, commeune fleur délicate qui languit, s’incline et se dessèche aux rayons d’un soleil ardent.

Qu’arrive-l-il? La vie de bien des millions d’hommes est abandonnée aux chancesd’une pratique dont, le vice capital est l’absence d’une instruction solide que rem-place une routine aveugle d’abord, puis entêtée, puis insouciante. I)ira-l,-on, eton le dit, que la science ne suflil, pas pour guérir; que la médecine ne s’apprendpas tant dans les livres que dans l’exercice; que le véritable talent du médecin estdans son coup d’œil? 11 est vrai qu’il y a chez le véritable médecin une sorte d’in-stinct qui lui révèle par intuition, pour ainsi dire, le secret de la maladie; maisflu’ en fera-t-il s’il ne connaît toutes les ressources de son art? lit quel plus noble,quel plus généreux usage, celui qui réunit ces qualités précieuses peut-il en faire,que de les consacrer aux misères des campagnes? L’essor immense donné à la cul-ture des sciences et des lettres jette tous les ans sur les bancs des écoles, sur le pavédos grandes villes, une foule de jeunes gens dont, pour la plupart, la vie s’écouledans de longues, de pénibles et d’inutiles privations, quand le désespoir ne la ter-