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Province. Tome premier.
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52 1.15 DIRECTEUR D’UN THÉÂTRE DE PROVINCE.

a paralysé ses moyens au point de le priver lotaleinenl.de l’usage de la parole. Oui,messieurs, c’est la crainte de paraître devant un public justement cité pour être léplus connaisseur du département, qui a produit en lui ce singulier phénomène. Il seserait bien rassuré si, comme moi, dans mille circonstances, il avait pu être témoinde votre bonté, de votre indulgence sans égales. J’ose espérer, messieurs, que vousvoudrez bien en donner aujourd’hui une nouvelle preuve, en nous permettant decontinuer une représentation où M. Floridor est jaloux de conquérir vos couronnes,qui seront pour lui ses trophées les plus glorieux. »

A la faveur de cette flagornerie, l’ouvrage est écouté jusqu’à la fin. Le surlende-main, aucune pièce du répertoire de Floridor n’étant prête, Rosancour fait aflicherla seconde représentation de Sémiramis (généralement redemandée). La foule seporte au théâtre. On attend surtout avec impatience la scène de l’ombre. Toutes lesmesures semblent cette fois avoir été prises pour en assurer la bonne exécution.Le souffleur a rassuré Floridor en lui disant : « Je serai dans la coulisse avec unebrochure, et si par hasard M. Rosancour n’est pas a son poste, je lirai pour lui. Lagrande scène arrive; le même sapeur est transformé en ombre de Ninus . Il entresur le théâtre et fait sa pantomime convenue; mais Rosancour, sans avoir été vudu souffleur, s’est placé dans la coulisse au-dessus de celle où se trouve celui-ci, etlorsque l’ombre doit dire :

Tu régneras, Arsaee ;

Mais il est des forfaits que tu dois expier :

Dans ma tombe, à ma cendre il faut sacrifier, etc.

on entend deux voix distinctes sortir a la fois de sa bouche : la voix claire du souf-fleur et la basse-taille de Rosancour, disant ensemble les mômes vers. A ce duo inat-tendu, le fou rire gagne si fort et si généralement les spectateurs qu’il devient detoute impossibilité de continuer la pièce. L’argent est redemandé, on se bat au par-terre ; le commissaire fait évacuer la salle, et Rosancour, abandonné des siens, re-gagne a pied la capitale. Dans toutes les villes qu’il trouve sur son passage, le théâtreest toujours pour lui une auberge assurée, et dont il sort, contrairement a l’usage,la bourse plus ronde qu’avant d’y être entré; car il y a parmi les comédiens uneconfraternité, une sorte de franc-maçonnerie qui doit les absoudre de bien desfautes et des travers. Ne plaignez pas trop Rosancour: sa vie de bohémien n’est passans attraits; il commande, il règne, et le pouvoir, quel qu’il soit, flatte toujoursnotre orgueil. Il dit Mon théâtre, Mes acteurs... et quand les infirmités de l’âgel’auront contraint d’abdiquer, lors qu’il aura obtenu pour retraite le poste de con-cierge ou de sous-contrôleur d’un théâtre de Paris , il se posera en victime du sort,et saura, en rappelant que pendant trente années il fut a la tête d’administrationsdramatiques, faire plaindre et respecter en lui une majesté déchue.

Perlet,