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Province. Tome premier.
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le directeur d'en théâtre de province.

(éraillés honneurs fie ses domaines a quelque prince du sang. Néanmoins son regard,011 hrille un noble orgueil, semble dire aux passants : Le voilà, le phénomène que jevous ai promis

Arrivés au théâtre, Rosancour donne l’ordre de sonner la répétition. Aussitôt leportier fait retentir dans la rue une énorme cloche, et l’on voit alors sortir lentementfies estaminets et cafés voisins des individus pâles, défaits, mal vêtus, en casquetteet la pipe ou le cigare à la bouche. Ce sont les artistes de Rosancour. Bientôt arri-vent les dames en costumes inqualifiables. Tout ce monde-là, d’un air dolent et en-nuyé, répète ou plutôt ânonne, estropie, écorche, le rôle à la main, les beaux versfie Voltaire . Le même acteur remplit deux personnages ; le souffleur quitte son trou,fit sa femme le remplace, pour revêtir la tunique à longs plis du vénérable Oroès.Rosancour même a dû se charger du rôle de Mitrane. Malgré ces expédients, l’ombrefie Ninus n’a pas d’interprète. Floridor est furieux; Rosancour le calme. « Nous auronsune ombre, lui dit-il. — Et comment ? — Celte ombre n’a que quelques vers à dire ;Je ferai costumer un figurant d’une manière convenable, je me tiendrai derrière luiflans la coulisse, et je lirai le rôle. Notre homme n’aura seulement qu’a ouvrir latouche de temps en temps cl à faire quelques gestes. Soyez tranquille, je le styleraifl avance, et le public ne s’apercevra de rien. — C’est décidément une mystification !s’écrie Floridor avec une colère académique semblable à celle qu’il déploie dansAchille. A-t-on pu penser que je risquerais de compromettre ma réputation en meprêtant à de pareilles jongleries? Je déclare qu’à l’instant même je fais mettre leschevaux à ma voiture et m’en retourne à Paris. —Vous n’en ferez rien, lui ditRosancour d’un ton ironique et résolu; vous avez l’âme trop bien placée pour cela,et vous ne voudriez pas ruiner de pauvres artistes... vos camarades... Dans tous lescas une indemnité leur serait due; nous l’avons même stipulée au traité qui nous•le... elle est de trois mille francs. » Altéré par celte réponse, le malheureux Floridors e résigne, et la représentation est donnée le lendemain. Les deux premiers actesmarchent sans encombre, mais au troisième, à l’instant solennel où sort du tombeau,en présence de toute la cour de Sémiramis, l’ombre de Ninus , on voit paraître unindividu drapé à l’antique, avec des serviettes et des nappes grossières, d’une blan-cheur équivoque, et dont les plis ne cachent ni les liteaux bleus et rouges, ni les ini-tiales du propriétaire. Cet individu était un sapeur de la garnison. On avait si bienenfariné sa figure, sa barbe et surtout ses épais sourcils, qu’il semblait avoir audessus des yeux deux panoulles de polichinelle. Il fait un pas en avaut, lève les brasau ciel, roule de gros yeux à gauche, à droite, ouvre une énorme bouche, la refermeet l’ouvre encore, sans qu’on entende aucune parole en sortir. Le public rit d’abordde cette bouffonne pantomime, puis il s’en impatiente et siffle. L’ombre de Ninus ,indignée de cet accueil, disparaît aussitôt, après avoir fait militairement un demi-leur à droite. Rosancour, averti par le bruit, accourt et reconnaît sa bévue. Occupéailleurs, il a manqué la réplique, et l’ombre de Ninus est demeurée sans voix. S’a-vançant alors vers la rampe d’un air humble et mortifié : « Messieurs, dit-il au pu-Rlic, votre sévérité est juste et légitime; mais peut-être l’acteur qu’elle vient depunir aurait-il Irouvégrâccà vos yeux, si vous aviez pu savoir que ! émotion seule