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vaut eux, elle entreprend de servir vingt pratiques a la fois, et elle n'en sert réelle-ment aucune. A toutes ces voix qui l’appellent de chaque étage et de chaque escalier,elle répond invariablement :
« Oui, monsieur! oui, on y va ! »
Où va-t-elle? le fait est qu’on l’attend inutilement pendant une heure, et qu’ellene manque pas d’accourir lorsqu’on n’a plus besoin de sa présence. Après vous avoiraccueilli avec un zèle si empressé, elle vous néglige, et vous condamne 'a un isole-ment complet dans votre chambre. Mais le moment de votre départ approche-t-il ;les sourires et les petits soins reparaissent. Alors, il est vrai, et par forme de compen-sation, elle vous accable de prévenances. « Faut-il envoyer a monsieur un commis-sionnaire ! .. Voici les bottes de monsieur... Je vais nettoyer le manteau de mon-sieur... Où monsieur veut-il que l’on porte sa malle?... Monsieur a attendu un peuhier entre le potage et le bœuf, j’en ai été bien désolée... La voiture va partir dansun quart d’heure... Monsieur désire-t-il encore quelque chose?... J’espère quemonsieur ne m’en veut pas...
Comment résistera tant d’attentions, à des excuses si pathétiques, a une éloquencesi entraînante ? malgré soi, l'on se laisse fléchir, on s’attendrit, on oublie ses anciensgriefs, et, en partant, — l’on n’oublie pas la fille.
On l’accuse encore d’ôtre facile a toutes les tentations, et d’offrir le type véritablede la femme libre, si longtemps et si inutilement cherchée. Mensonges et calomniesque leurs auteurs n’avouent pas, et qui ne prévaudront point contre la bonne re-nommée de la fille! Mais, je vous prie, où trouverait-elle le moment d’être tentée?Ses jours empiètent sur ses nuits; sa vie n’est qu’une veille prolongée, et le sommeilest la plus rare de ses jouissances. Incessamment occupée des soins les plus nom-breux et les plus fatigants, elle n’a pas de passions : les passions sont tilles de l’oisi-veté. Ses regards assurés, cette facilité à tout dire, a tout entendre et a tout per-mettre, prouvent invinciblement son innocence; elle serait prude, si elle étaitmoins sage. S’il était vrai, ce qui n’est pas vraisemblable, qu’elle eût pu succomber,ce serait une surprise qu’on lui aurait faite, et elle n’aurait été coupable que dedistraction.
Au surplus, voici qui confondra ses accusateurs. Ce qui nous impose le plus im-périeusement l’obligation de bien vivre, c’est l’exemple des ancêtres dont nous por-tons le nom, ou des prédécesseurs dont nous occupons l’héritage. Memoria majo-rant nos ad ben'e vivendum incitât. Les filles d’auberge ne connaissent peut-être pascette maxime de Cicéron ; mais, du moins, et je me plais a le croire, elles ont sanscesse présents a la pensée le grand nom et le glorieux exemple d’une fille qui sauvala France , et qui couronna par le martyre la vie la plus chaste et la plus héroïque.
Indignes détracteurs, silence ! Jeanne d’Arc, la pucelle d’Orléans , avait été fille decabaret.
François Coquille.