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Uràee à elles, le dîner commence enlin !
Cependant les appétits s’éveillent :—la voiture creuse ;—c’est un proverbe de dili-gence. Les plats sont attaqués avec furie. Malheur au convive inexpérimenté quiperd un temps si précieux en longs discours, ou en vaines politesses! Les instantss’écoulent. Le conducteur, qui a ses raisons et qu’on dirait payé pour cela, prendsoin de rappeler que la demi-heure est déjà passée.... Mais, quoi ! à peine posés.surla table, les mets disparaissent comme par enchantement ! Ce poisson, auquel vousvous promettiez de revenir, disparu! Ce poulet que vous aviez aperçu au bout de latable, cette perdrix que vous lorgniez d’un œil de convoitise, enlevés ! Des fées agilessemblent avoir conjuré de défendre votre santé contre vous-même, et d’épargner àvotre appétit de dangereuses tentations. Laissez-les faire, et vous exécuterez à larigueur ce précepte de la médecine, — qu’il faut sortir de table ayant faim. — litcomme tout service mérite salaire, elles iront vous attendre à la porte, sollicitant devoire reconnaissance ( ce n’est point celle de l'estomac ! ), cette modeste rétribution,vulgairement appelée pourboire. Dérision! demander un pourboire à des gens quin’ont pas mangé!
Comment la lille d’auberge ne sait-elle pas se contenter de ces menus prolits quilui tiennent lieu de gages, mais qui, répétés tous les jours, atteignent, au bout del’année, un chiffre fort honnête : c’est ce que l’on a peine à concevoir, lille ne re-garde, l’ambitieuse! que la recette brute des maîtres de l’hôtel. Les chances aux-quelles ils sont exposés, les dépenses, les frais de toute sorte qu’ils ont à supporter,elle ne les calcule pas. Elle ne remarque pas qu’elle est indépendante dans sa ser-vitude, riche dans sa pauvreté, heureuse et insouciante au milieu des soins multipliésdont elle est chargée. Elle veut commander a son tour, et après avoir servi d’enseignea tant d’hôtels différents dont elle a fait la fortune, elle aspire à avoir une enseignea elle. Un long noviciat ne l’a-t-il pas suffisamment préparée a ce rôle si difficile et sipérilleux ? Ne connaît-elle pas toutes les ressources, toutes les ruses, tous les secretsdu métier? n’esl-elle pas déjà assurée d’une clientèle.—Imprudente, qui n’a pas ob-servé a quels retours soudains, à quelles tristes vicissitudes la popularité est sujette !
Les conseils et les représentations ne peuvent la dissuader de ce projet ; on diraitqu’elle est embarrassée de ses épargnes et (pie le célibat lui pèse. Quelque cuisinieren renom devient l’heureux possesseur de son argent et de sa personne , el le coupleaventureux ne se donne point de repos qu'il n’ait acquis l’honneur de payer patente.Ainsi donc une nouvelle auberge, un hôtel nouveau est fondé dans la partie la pluscommerçante de la ville; une enseigne plus fastueuse, des tables plus propres, desMéges plus comfortables, des plats plus gros, des chiffres plus modérés : tout est misen usage pour attirer les chalands. Adieu, et bonne chance ! Puisse la lille d’aubergene pas regretter les joies de sa première condition, et ne pas tomber de chute enchute au trône de quelque gargotle ignorée !
Mais détournons les yeux de cette triste perspective.
Qui le croirait? malgré ce prodigieux talent d’être partout, de tout voir, de toutentendre et de tout retenir, malgré ses grâces et ses séductions, la lille d’auberge a"ne foule de détracteurs. Les voyageurs deviennent si exigeants ! Écoule/.-les : sui-