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Bientôt cette dénomination s’étendit dans tout le Languedoc . Le griset était connuauparavant, mais il n’était pas encore qualifié, et de ce moment il commença a êtrece que nous le voyons aujourd’hui.
L’existence de l’homme constatée, suivez-moi dans nos belles plaines méridio-nales : je vais vous conduire auprès de lui afin de vous le faire connaître entièrement.Mais écoutez : quel bruit vient troubler le silence de la nuit?Toulouse la savante serait-elle distraite de ses travaux par une émeute? Non : ces accents sont trop doux et troppleins de charmes pour être la cause de quelque tumulte. Un groupe de grisets par-court les rues en chantant, non pas de ces refrains noyés dans le vin ou les liqueursspiritueuses, comme dans les contrées du nord, mais de ces chants purs et mélo-dieux qui vont à l’âme et qu’on ne se lasse jamais d’entendre. Orphées populaires,ils attirent tout ce qui se trouve sur leur passage : des femmes même les suivent.Paris , avec les voix rauques de ses artisans, a peine à comprendre de quelle rare or-ganisation musicale sont doués les habitants du midi; et pourtant c’est la que l’A-cadémie royale de Musique a été chercher les artistes qui ont si longtemps soutenusa gloire; Laïs, Dérivis, Lavigne, Lafeuillade, Dabbadie et 1 infortuné Nourrit ont vule jour dans le midi de la France , et jamais les directeurs de théâtres de la pro-vince ne pourront enlever a celui de Toulouse la juste célébrité qu’il a acquise parses chœurs.
Le griset, comme tous les Méridionaux, du reste, est doué au plus haut degré dugénie musical; il chante toujours, et il n’est pas possible de se faire une idée deson goût exquis et de l’expression délicieuse de ses chants, si on ne l’a entendu pen-dant les belles soirées d’été moduler des airs simples et mélancoliques, puis desmouvements gais, vifs, pressés, mais toujours des chants suaves et pleins d’harmo-nie, où chacun fait sa partie avec une rare intelligence.
Personnage curieux, inconnu de tous, si ce n’est des Méridionaux, le griset sem-ble vivre par lui-même et pour lui-même. Isolé, il se meut par sa propre force. Lecercle au milieu duquel il s’agite est étroit, et pourtant il ne cherche pas à l’agrandir.Enclin a cette nonchalance naturelle aux peuples du midi, il reste indifférent auxhonneurs, a l’ambition qui dévore les autres hommes. Jamais il ne se mêle aux arti-sans, non par fierté, il n’en a pas; mais parce que l’ouvrier, être nomade, a adoptéd’autres mœurs, d’autres coutumes, tandis que chez lui rien ne peut apporter dechangement a son caractère, a sa manière de vivre ou à ses habitudes.
Dans ses promenades nocturnes, bourgeois, ouvriers, femmes, enfants, viennentse joindre a lui. Chaque nouvelle rue où il passe grossit la masse de son cortège.Certains ministres, certains hommes d’état, seraient fiers de se trouver au milieud’une pareille foule d’admirateurs. Le griset n’y songe seulement pas, car il n’estpoint assez simple pour croire qu’elle ne se dispersera pas bientôt. En effet, sonadulation ne dure pas plus que l’effet qui l’a produite. Les chants finis, le grisetregagne seul son faubourg.
A la passion du chant le griset réunit au plus hautdegré l’amour des plaisirs et desfêtes. Le progrès n’est pas parvenu jusqu’à lui, il ne s’en plaint nullement. Il n’a pasencore besoin d’annonces et de prospectus pour se souvenir des joies de son enfance