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Province. Tome premier.
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LE GRISET DE MIDI.

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et du bonheur passé. Il n’oubliera donc pas la fête prochaine, et saura s’y préparer.

Le premier dimanche de carême commence, et avec lui les beaux jours de Tou-louse . Partout, sur les routes, les habitants des campagnes et des villes voisines sepressent pour assister au feretra, à cette fête dont l’origine se perd dans la nuit destemps. Peu importe au griset que les archéologues et les savants fassent dériver sonnom de Jupiter Férétrien, ou que les prêtres, lui cherchant une étymologie toutechrétienne, prononcent fénetra ( foi naîtra) ; pour lui c’est une fête que personne n’adroit d’empêcher sans attenter a ses prérogatives, et quelquefois il en coûte quandon veut les restreindre.

Simple et modeste dans ses goûts, il est fanatique et jaloux de ses coutumes aupoint de devenir féroce. Trop d’exemples sont malheureusement venus le confirmer.Le massacre de la Saint-Barthélemi, dans lequel il ne le céda pas aux égorgeurs deParis , le meurtre du président Duranti, et l’assassinat récent encore du brave gé-néral Ramel, sont autant de preuves que l’on ne peut pas toujours porter atteinte àsa religion et h ses droits. Organisés en compagnies connues sous le nom de secretsou verdets, il était évident que les grisets ne visaient, en \ 815, qu’au rétablissementdu royaume de Toulouse, en faisant une scission avec la France du nord. La résis-tance du général Ramel détruisit leurs projets, et sa mort fut le résultat du dés-espoir en délire.

Aujourd’hui le griset voit combien il serait difficile de se séparer de la grandecapitale. Mais, fier de la sienne, il résiste au frottement de la civilisation, et con-serve le langage et les mœurs premières de son pays. Satisfait de lui-même, ilpense que tout le monde doit l’être, et rien n’égale son assurance. Dans ses beauxhabits de fête, plus grand qu’un souverain, il trône, comme s’il n’était possible àpersonne de mettre le costume national qu’il ne peut encore réformer. Examinez-leavec attention : ses papillotes, ses couleurs fraîches, ses boucles d’oreille, 11 e vont-elles pas bien sous cette casquette ou ce chapeau rond ? cette veste grise ne dessine-l-elle pas bien sa taille cambrée? Après avoir admiré sa cravate de couleur négligem-ment nouée, sans vous arrêter au peu de longueur du pantalon qui laisse voir latige de la botte, ne le féliciterez-vous pas de n’avoir pu se décider a la tyrannie dessous-pieds ? Des culottes aux pantalons de 1840 le chemin est long, et il n’est encorequ’à la moitié.

Fendant les dimanches du carême et le lundi de Pâques, les faubourgs de Toulouse vont se disputer, chacun à leur tour, l’honneur de servir aux fêtes du fenelra; aussile griset se fait-il un plaisir de donner à goûter à ses amis le jour qu’ils viennent vi-siter son faubourg. Tout entier à la joie, il ne l’oublie que lorsqu’un étudiantsemble regarder avec trop d’attention la jeune fdle qui est à son bras. Les grisettesméridionales sont si jolies en effet, qu’il est impossible de les voir sans les admirer.Petites en général, elles choisissent ordinairement pour se vêtir les couleurs lesplus éclatantes. Sous les plis empesés de leurs coiffes à canons, de beaux cheveuxnoirs font ressortir la blancheur de leur teint. Leurs traits, sans être beaux, sontpiquants et gracieux, et, à tout cela, elles joignent une âme tellement aimante, qu’ilest bien naturel que l’étudiant cherche à leur plaire.