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Y a-l-il en effet une chose qui ressemble plus au soleil que cette modeste lumière,servant a éclairer nos veilles et faisant de la nuit le jour pour nous? Et cette rimedes plus riches n’est-elle pas une étincelle de l’esprit pétillant de l’auteur ? Pour mapart, je n’hésite pas a donner mon approbation a ces vers, fruit de l’enthousiasmepopulaire, et je ne doute pas qu’un jour mes pelits-enfants, en parlant de M. de Vil-lèle, ne chantent en chœur le refrain du poëte-griset.
Jusqu’à la fin de ses jours le griset reste le même : son corps seul, par suite deson amour pour la bonne chère et par sa grande consommation continuelle, éprouvede légères modifications; mais il conserve la même indépendance de caractère et lamême insouciance. Égoïste et plein d’amour-propre, il est la personnification del’ignorance et de la routine des provinces. Les heures s’enfuient, les années s’écou-lent, sans qu’il cherche un seul instant à développer les qualités qui germent en lui.Le cercle de son existence est tracé depuis des siècles : ses enfants et lui doivent ymourir heureux. Toujours menteur, il se plaît à inventer des contes que le plus ai-mable des deux sexes approuve et trouve agréables. Aussi faible en cela que lesdames, j’en ris le premier, sauf à ne le pas croire, et j’admire le caractère de cefaubourien doux et emporté, ayant tout pour être bon ou méchant, et qui passe aumilieu des écueils, sans vice et sans vertu.
Le griset ne regrette que les anciennes coutumes. Assis sur sa porte, au milieude rues étroites et mal bâties, il semble guetter au passage les derniers privilèges deses municipalités que Louis XIV commença à enlever pièce à pièce. Il proteste alors,il crie a l’illégalité, mais sa colère s’apaise comme les tourbillons de neige apportésdes Pyrénées se fondent au soleil du midi. Foncièrement assez bon, il agit peu, etson esprit naturel et le bon sens dont il est doué l’empêchent de se livrer à sespremiers transports.
Sa vie uniforme ne manque pas non plus d’originalité; j’aime l’audace de cethomme qui parle, qui tranche, qui juge de tout sans rien savoir. J’écoute avec plaisirses chansons, et je comprends son patriotisme qui serait plus utile, je crois, à sonpays, s’il était développé par l’éducation ; car ici le griset n’est pas le Languedocien :celui-ci aime l’étude, elle fait fuir celui-là. Personne, moins que lui, ne connaît lesantiquités de sa ville natale. A Montpellier , c’est à peine s’il a vu une fois le lieu oùrepose la fille de Young et le beau siège de marbre trouvé dans les arènes de Nîmes .A Toulouse, il traverse la Garonne sur un des plus beaux ponts de France , et pas unne sait que cette vieille capitale du Languedoc en a eu cinq. Toutes les semaines, lousles jours peut-être il voit le canal de Brienne, et jamais il ne pense à l’illustre arche-vêque qui sut rattacher ainsi son nom à celui de l’immortel Riquet.
A l’extérieur comme à l’intérieur, la différence est aussi grande entre le citadinet le griset, qu’entre ce dernier et l’ouvrier ou le paysan. Par ses mœurs, il s’éloigneautant de la ville que de la campagne ; mais il est l’anneau qui les réunit. S’il accor-dait a l’étude et au désir de parvenir le temps qu’il emploie à se divertir, sa supério-rité se ferait vite remarquer, et nous le verrions bientôt député, académicien, mi-nisire.ou maire de village.
Eugène Dauriag.