LE G H IS K T DU MIDI.
f
17
Gomme dans la société on ne doit pas tout baser sur des exceptions, il est bon deremarquer que tous ne sont pas ainsi. S'ils n’évitent, pas plus les rixes qu’au tempsde leur adolescence, on doit regarder le joueur comme un être à part, moins rarepourtant chez le griset jouissant de l’aisance que parmi les artisans, obligés, s’ilsveulent vivre, de gagner leur pain à la sueur de leur front, ou parmi les bourgeoispresque toujours occupés de leurs affaires ou de leurs études.
Ordinairement, le jour où le griset se marie, il ne désire pas jouir de cet agréablecoin du feu, de cette vie régulière et douce, dernier refuge des âmes fatiguées derespirer les légères et parfois trop lourdes émotions de plaisir. Ni plus grave, niplus réfléchi, ne s’inquiétant nullement des soins et des soucis du ménage, il ne vousentretiendra pas davantage d’affaires domestiques. Sans passion, sans désespoir,sans espérance, prenant la vie comme elle vient, vous le verrez désormais passer lajournée avec ses amis, et rentrer toujours avec l’un d’eux ; car le griset ne peutjamais manger sans une invitation donnée ou reçue. Dîner seul est presque la mort.
Donc, si vous rencontrez un griset dans la rue, ne vous étonnez pas du melon, despancétos ( gras double ) et du vin blanc de Gaillac qui surchargent ses bras et sesmains. Vous avez devant les yeux l’amphitryon du faubourg, si fier de traiter cejour-la, que, si vous ne vous bâtiez de passer de l’autre côté, il vous inviterait àmanger une salade nsec lui. Maintenant l’omelette au lard accompagnera la tranchede jambon ; les pommes de terre et les morceaux de bœuf se succéderont avec unerapidité effrayante. La gaieté la plus franche et la plus folle feront les honneurs durepas; l’égalité la plus parfaite et l’appétit le plus dévorant y régneront également.Calembours, gros rires, vont animer les convives. L’un imitera le glouglou d’unebouteille en se donnant des chiquenaudes sur la joue, l’autre boira la blanquette deLimoux sans approcher le verre de ses lèvres. Chez le griset, point d’étiquette, libertépleine et entière : on dîne sans veste et sans cravate. Enfin, les chants succèdent auxnombreuses bouteilles qui n’ont fait que passer sur la table, sans s’y arrêter une se-conde, surtout les chants patriotiques qui doivent parvenir à la postérité, commeles souvenirs de nos aïeux nous sont parvenus.
A Paris les airs nationaux durent moins que les causes qui les ont lait naître; dansle Midi ils sont toujours agréables, surtout au griset, qui en compose quelquefois,sinon la musique, du moins les paroles. Afin démontrer son talent poétique, je mebornerai a citer deux vers formant le refrain d’une chanson faite en l’honneur deM. de Villèle a son retour a Toulouse . L’auteur voulant comparer l’ex-ministre àl’astre qui éclaire le monde et dont les rayons bienfaisants sont si agréables etsi utiles aux hommes, ne crut pouvoir mieux exprimer sa pensée que par cesmots :
Aquel moussu Villèlo,Es uno candèloC
* Ce monsieur Villèle est une chandelle. »