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Province. Tome premier.
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LE CO NT R EB A N 1)1 K li.

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doulc rapporte de yolre voyage d'Italie ?— Oui, mais j’ai en bien peur quand je l’aipassé près de Nice ! .le l’avais mis dans mon corset, et peu s’en est fallu, lorsque j'aiété fouillée au bureau de la douane , que ces maudites femmes aux yeux de lynx nes’aperçussent d’un bout qui passait près du buse.— Pour moi, répliqua l’autre dame,je n’aurais jamais osé passer le mien quand je suis revenue de Corilz; c’est Sophie,ma femme de chambre , qui s’en est chargée. »

Ceci me rappelle un fait diversement raconté, dont je suis bien aise de rétablir lavéracité. Il est arrivé il y a plusieurs années, et témoigne encore combien on cher-che généralement a se soustraire aux lois de douanes,

La diligence de Genève gravissait la côte de Gex , et pendant ce temps les voyageursse faisaient part des craintes légitimes qu'ils éprouvaient de la douane française, verslaquelle on s’avançait. Une dame surtout en était fort alarmée, à raison d'un châlede mille écus qu’elle portait caché sur elle. Hormis un seul monsieur blotti dans uncoin, tout le monde avait parlé et fait chorus. Arrivée aux Rousses, premier villagefrançais , la voiture s’arrêta , et les douaniers se présentèrent en demandant si per-sonne n’avait rien a déclarer. La réponse fut négative, mais le monsieur du coinrompit tout à coup lesilence pour dire aux douaniers : <• Messieurs , je vous demandepardon , madame que voici a un châle caché sous ses aisselles. » Le châle fut saisi, laportière fermée, et les chevaux partirent. Pâle , abattue, la pauvre dame avait peineà retenir ses larmes. Les autres voyageurs , remis bientôt de leur surprise , étaientindignés et auraient peut-être fait un mauvais parti à l'homme qui venait de se si-gnaler par un tel abus de confiance, quand, après quelques minutes, il bondit surson siège d’une façon galvanique , et sa figure acquit l’expression d’une joie déli-rante. Celte crise nerveuse dura peu et fit place à une immobilité parfaite. « Mes-sieurs, dit-il froidement aux voyageurs, je viens de passer.pour une valeur de120,000 francs de bijoux, et madame, ajouta-t-il en ôtant son chapeau, a gagnémille écus, car voici 6,000 francs en bons billets de banque que je la supplie d’ac-cepter en échange de son châle perdu. »

Inutile d’ajouter que la dame accepta , et tout s’expliqua ’a la satisfaction géné-rale.

Une dernière et essentielle observation. Ne pas confondre le contrebandier avecle fraudeur, car, malgré une certaine analogie dans le but des deux espèces, les si-tuations sont loin d’être les mêmes. Entre le contrebandier et le fraudeur, dont onpeut voir le type vulgaire aux barrières de Paris , la comparaison n’est point sup-portable. L’un expose quelquefois sa vie pour enfreindre les lois de douane, tandisque l’autre encourt une amende et la saisie en frustrant l’octroi du droit de quel-ques litres d’huile ou d’esprit-de-vin, pour aller les vendre à un épicier ou'a un mar-chand de couleurs.

Victor Gaillarb.