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Province. Tome premier.
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subalternes, des assistances mercantiles; tout concourait , comme on le voit, h faireprendre à celle contrebande politique de grandes et inévitables proportions. A cetteexportation d’argent, d'hommes, d’armes, de munitions et d'effets d’équipement, gérée,par entreprises, durant cinq ans, quelques spéculateurs indigènes ont fait des fortu-nes, et des banquisles, venus d'ailleurs, se sont enrichis, exploitant indifféremmenttoutes les circonstances h mesure qu’elles se présentaient. Quant aux assureurs, ré-partis dans les bourgs de la frontière, la plupart sont aujourd’hui électeurs, membresdu jury, et par conséquent appelés à juger leurs pairs, les contrebandiers. Pendantce temps , le liant commerce de Bayonne , repoussant ces moyens illicites, s’éteignaitfaute de débouchés autres qu’en Espagne .

Comme ceux des Basses-Pyrénées , les contrebandiers du Itoussillon ont été occupésdans ces dernières années à exporter des munitions et des armes aux insurgés d’Es-pagne , ainsi qu’à servir de guides aux agents carlistes. Si leur contrebande n’avaitpas l’importance de celle des Pyrénées occidentales, elle possédait en revanche unephysionomie particulière qu’elle a toujours empruntée à la nature du caractère dela 'on. De Banyuls-sur-Mer à Mont-Louis, en effet, les paysans de la fron-

tière participent des habitudes sauvages des montagnards catalans. Ce sont la mêmelangue, le même costume, les mêmes dispositions pour le meurtre et la violence,en sorte que les contrebandiers, qui affluent principalement sur cette ligne, n’ontjamais cessé de faire le coup de fusil pour assurer leurs opérations. Sur eux pla-nent toujours les premiers soupçons dans les cas assez fréquents de vols et d'assassi-nats commis sur les voyageurs isolés. D’une taille ordinaire , mais bien prise, avecdes membres fortement musclés, leur visage presque olivâtre porte l’empreinte del’énergie , et leurs grands yeux noirs jettent des éclairs où la vengeance et la férocitésont peintes. Qu’on joigne à cet ensemble farouche un costume qui se compose d’unbonnet rouge pendant sur le dos, d’une veste de velours bleu foncé, sans cravate nigilet, avec une ceinture verte qui retient sur les hanches des culottes de drap brundont les attaches flottent sur les genoux, enfin d’une paire de sandales fixées auxpieds par des lanières de peau, remontant sur les jambes en forme de cothurne :alors se trouvera pour ainsi dire réalisé lin de ces brigands imaginés par Anne Rad-cliffe, dans les Mystères d’Udolphe , roman qui a fait si longtemps le bonheurde bien des portières.

Après avoir passé en revue les diverses variétés delà famille contrebandière, par-lerai-je des nombreuses individualités qui, sans faire de la contrebande une occupa-tion spéciale, n’en saisissent pas moins toutes les occasions de frauder les douanes, etempiètent ainsi sur les droits acquis" des hommes du métier? Sans doute, car cesgens-là, parmi lesquels figurent quelquefois des personnages d’importance, satisfontle goût inné chez l’homme, du fruit exotique, du fruit défendu surtout. Il y a*1 ailleurs tant de plaisir à tromper le fisc, que beaucoup de monde , de femmes no-tamment , se hasardent par cette seule raison à jouter de ruse avec les douaniers, en•'avenant de l'étranger.

» Mon Dieu ! ma chère, disait devant moi une dame à l’une de ses amies, que vousavez là un beau cachemire indien ! je ne vous le connaissais pas : vous l’avez sans