»f> MiS FORÇATS.
Nous avons suivi le forçat dans les diverses phases de sa journée; nous avonsdit ses travaux et la discipline qu’il subit; ses mœurs, sa dépravation croissante, lesgermes empoisonnés qu’il répand et développe autour de lui ; nous avons montréla plaie des bagnes dans toute son horreur, il nous reste à en indiquer le remède.
Ce remède n’est pas telle ou telle amélioration a introduire dans leur régime,c’est leur suppression. Les bagnes ont fait leur temps. Minée par l’action des annéeset des mœurs, condamnée par l’expérience, cette monstrueuse institution n’a aujour-d’hui d’autre support que l’habitude. Elle est parce qu’elle est, et non parce qu’elledoit être. Il est impossible de continuera ne voir dans les forçats que des nombres,que des machines a l’usage des ports. Si déchus qu’ilssoient, ils n’en sont pas moinsdes hommes. Tout bon système de pénalité doit atteindre deux buts: punir et réfor-mer. Si le châtiment ne réforme pas le coupable, la loi en vertu de laquelle il estappliqué est mauvaise; s’il le déprave au lieu de le corriger, elle est odieuse.
Résumons-nous.
Il importe de supprimer au plutôt les bagnes :
Parce que les bagnes sont l’agence de démoralisation la plus active qu’il y ait enFrance ; parce que le vol, l’escroquerie, le faux, le viol, le meurtre, l’assassinat, s'vprofessent et s’y enseignent hautement, librement.
Parce qu’un grand scandale et de grands dangers résultent de l’emploi des forçatsdans les ports; danger pour la classe ouvrière qu’ils dépravent par leurs insinuations,leurs conseils, leurs exemples; danger pour nos arsenaux qu’ils exploitent en détailpendant la paix, comme auteurs, complices ou instigateurs des innombrables vols quis’y commettent; qu’ils exploiteraient en grand pendant la guerre; qu’ils pourraientruiner d’un seul coup, en tout temps, par l’incendie.
Parce que l’emploi des forçats dans les ports enlève en France le pain de troismille familles; et que bien loin d’être, comme on le pense communément, de pré-cieux auxiliaires pour la marine, les forçats, par suite de l’obligation où elle est deles garder a sa charge, grèvent annuellement, sans compensation aucune, son bud-get de plus d’un million.
Mais, les bagnes supprimés, que fera-t-on des forçats?
Cette question, si ardue, si compliquée, il n’est point dans nos forces d’essayera la résoudre. Nous savons de source certaine que le gouvernement, qui enfin re-connaît l’urgence de la réforme que nous sollicitons, se préoccupe très-vivement, àl’heure qu’il est, des moyens de remplacer les bagnes. Espérons que ses études surcette grave matière seront bientôt terminées; etdisons-le, le jour où seront ferméesces fabriques de vices et de crimes ; où la loi aura passé l’éponge sur toutes cessouillures, tranché dans leurs racines toutes ces infamies, tous ces scandales, ce jour-l'a sera un heureux jour pour les condamnés, pour nos arsenaux, pour la sociététout entière.
A. Dauvin.