I. ES l'OIt CAT S.
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de félonie, car au bagne ces soupçons-la tuent, il rivalisa, en paroles à la .vérité plusqu’en actions, d’indiscipline et d'immoralité avec les plus corrompus et les plus in-disciplinés, si bien qu’il s’acquit bientôt parmi ses camarades une éclatante réputa-tion de savoir vivre et de capacité.
Une nuit il arriva qu’un forçat qui depuis un an travaillait à son évasion, dont lesuccès lui semblait enlin assuré, fut arrêté au moment même où il venait de se dé-barrasser de ses fers. Les condamnés crièrent à la trahison; Théodore cria plus fortque les autres. Restait a connaître le traître et a le punir. Un nom fut risqué dans cesanhédrin de voleurs et d’assassins constitués sur l’heure en tribunal. Un murmured’approbation l’accueillit. L’accusé était Arthur, l’accusateur, vous l’avez nommé,Théodore. L’éducation, la bonne conduite, le repentir de l’accusé étaient contre luides charges accablantes. Un forçat se porta son avocat; c’est l’usage : nul n’est con-damné sans avoir été défendu. C’était un ancien marin condamné pour viol, hommedur et emporté, plus cruel que corrompu, dans le cœur duquel tout sentiment honnêten’était pas encore éteint. Cet homme mangeait beaucoup, Arthur, son camarade dechaîne, mangeait, peu, et partageait chaque jour sa ration avec lui. Il s’était établientre eux une communauté de reconnaissance, d’un côté pour le pain reçu, del’autre pour les mauvais traitements épargnés, car le vieux marin, on le savait, étaitd’un caractère résolu ; et la résolution est une puissance qui impose partout, mêmeau bagne. Ses efforts furent inutiles. Son client fut condamné a mort : on alla auxvoix pour nommer l’exécuteur de la sentence. Théodore fut désigné. Arthur étaitdéjà vengé. Le jugement avait été rendu dans la soirée; la nuit se passa, la victimerespirait, encore. Dès que la cloche sonnait le réveil, Théodore s’esquiva furtive-ment. Quelques minutes apres, deux gardes vinrent chercher Arthur: il était sauvé;le commissaire savait tout. Accusé de trahison quand il reparut, le délateur neput se justifier, et quand les forçats partirent pour la fatigue, deux hommes man-quèrent dans les rangs; l’un, qui gisait dans la salle, un couteau dans la poitrine ;l’autre, qui, du sang sur les mains et un sourire glacé sur les lèvres, marchait d’unpas ferme entre les sabres nus de quatre soldats de la chiourme qui le menaient ancachot.
A trois jours de là, un bataillon d’infanterie vint s’adosser sur deux rangs, dansla cour du bagne, au mur qui fait face à l’édilice, et deux pièces d’artillerie char-gées à mitraille, se placèrent, mèches allumées, contre la grille d’entrée, du côté dela ville. Au milieu de cette vaste esplanade était dressée la guillotine. Bientôt troismille hommes habillés de rouge et de jaune descendirent du bagne avec un lugubrebruit de chaînes, défilèrent processionnellement devant l’échafaud comme devantun autel, marchant deux à deux, dans un calme terrible, et vinrent s’agenouiller,la tête nue, au pied de l’édifice, sous le feu croisé de la mousqueterie et de l’ar-tillerie. Tout à coup trois heures et demie sonnent, le tambour bat, les canonnierstiennent la mèche levée, le chef du bataillon commande : apprêtez armes ! et le con-damné paraît, assisté d’un prêtre et du bourreau....
Et une minute après, roulaient dans un hideux tombereau vers l'amphithéâtre del’hôpital, les restes palpitants encore du vieux marin.