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Province. Tome premier.
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LL BRACONNIER.

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ment; ce n’est pas une faute isolée qu’il commet, c’est une série de fautes. Le bra-connage n’est pas un délit de chasse, c’est l’habitude de ce délit. Il y a, entre lechasseur fautif et le braconnier, la même différence qu'entre celui qui cherche dansles chances du jeu un amusement, des émotions, et celui qui biseaute les car tes, ouqui pipe les dés. L’un est le joueur, l’autre l’escroc. Cependant il est desgehs quise passionnent pour ce pauvre braconnier. Ils s’indignent de ce que la loi 11e luilaisse pas exercer avec plus de liberté encor e sa pénible industrie. Il est si pétride ruses, si rempli d’adresse ; ses loui s sont si gais et si amusants. Mais les tours denos modernes Cartouches 11e sont pas moins gais : prétend-on, parce qu’ils sont spi-rituels, qu’il faut cesser de les trouver coupables? Peut-être nos philanthropes à lamode soutiendront-ils cette opinion, eux qui, dans un homme poursuivi par la loi,ne voient qu’un opprimé, qu’une victime ; qui s’occupent exclusivement d’améliorerle sort des condamnés, qui conservent pour les repris de justice toutes leur s sympa-thies ; mais qui sont sans pitié pour un honnête ouvrier mourant sur son établide misère et de fatigue. Aujourd’hui, en ce genre, tout est possible. Lacenaire qui,joignant l’exécution a la maxime, assassinait en même temps qu’il rédigeait en chan-sons les préceptes du crime; Lacenaire a rencontré d’enthousiastes admirateurs. Lebraconnier peut bien trouver des apologistes ; je tâcherai pour mon compte d’êtreseulement son historien.

Fils de quelque bûcheron, de quelque ouvrier du \ illajte, le braconnier a, dès sesplus jeunes années, donné des preuves de sa vocation. Il était le plus paresseux,mais aussi le plus patient et le plus rusé des enfants de son âge. Adroit et robuste,il bravait la fatigue,- mais il abhorrait le travail. Il ne voulait rien apprendre de cequi est nécessaire à 1 homme laborieux ; mais son regard perçant savait déjà découvrirun nid si élevé que fût l’arbre sur lequel il était construit, si épais que lut le feuil-lage dont il était abrité. Il était le fléau des couvées nouvelles; nul 11’égalait sonadresse a découvrir la retraite de la perdrix, à lui dérober ses œufs. Bientôt, noncontent d’avoir su prendre la nichée, il voulut attraper la mère. L’usage des gluauxet du lacet lui devint familier. La neige avait-elle blanchi la terre , il balayait uneplace, la couvrait de paille, y répandait quelques graines pour attirer les oiseaux. Au-dessus il suspendait une planche mobile ; puis, à l’aide d’un cordon, il la faisait tom-ber sur les passereaux qui s’abattaient pour dévorer son amorce. Si une battue avaitlieu dans le pays, toujours il trouvait le moyen d’être employé au nombre des tra-queurs : il était toujours le premier a s’offrir pour porter le carnier d’un chasseur. Soninstinct, et aussi son expérience, lui avait appris les endroits giboyeux. Il connais-sait les bons passages, et déjà expert dans l’art de tendre les collets, il faisait furti-vement au gibier une guerre perfide. Il était le cauchemar du garde champêtre,l’effroi du messier. Sans cesse errant dans les champs, dans les bois, dans (es vignes,Il faisait main basse sur tout ce qu’il trouvait à sa convenance ; ici, ce sont des fruitsflu’il dérobe pour apaiser sa faim ou sa soif; là, Un bâton pour accommoder un•raquenard ; là, une perche pour tendre ses filets. 11 a toujours quelque nouveaudégât "a commettre.

Mais déjà il n’es! plus un enfant, et cependant il ne sait rien d’utile, car il n’#