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Province. Tome premier.
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LE Hit AC ON M E K.

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lien voulu apprendre; il n’a pas de profession qui puisse le faire vivre. Peut-êtrel’étal militaire conviendra-t-il à ses goûts aventureux? Nulle affection ne l’attacheau pays: il s’engage ou il se vend. Au régiment il est la providence de la cham-brée; on le trouve toujours le plus hardi maraudeur de son escouade. 11 ulilise sesanciens talents, et l’existence oisive du soldat lui laisse amplement la possibilité del’exercer. Malheur au propriétaire dont la terre sera voisine d’un camp ou d’unenombreuse garnison I il verra s’abattre sur son bien ces braconniers qui se cachentdans les rangs de l'armée. Il aura beau épiner ses champs; il aura beau payer desgardes intelligents, actifs, intrépides, les perdreaux, espoirde son carnier, périronttous d’une mort ignominieuse, par les lacets ou sous le drap mortuaire. 11 y a troisans, un camp était établi sur la lisière delà forêt de Compïègne, et les gardes n’es-limaient pas a moins de dix mille les collets tendus chaque jour jusque dans les tirés.Encore la dévastation ne s’arrêtait-elle pas l’a. Les soldats, ne pouvant avoir de fu-rets pour forcer les lapins a sortir de leurs retraites, enfumaient les terriers au risqued’incendier la forêt.

Et quel grand mal, répètent quelques personnes, y a-t-il à ce qu’un pauvre sol-dat, dont l’ordinaire est si maigre, aille surles terres d’une personne riche tuer unlièvre ou bien une couple de faisans? Ceux q ui font ce raisonnement ne s’aperçoi-vent pas qu’il peut s’appliquer au voleur tout aussi bien qu’au braconnier. Quelgrand mal, peut-on leur repondre, y aurait-il, quand ce pauvre soldat, dont le prêts’élève à 55 centimes par jour, ou bien quand cet infortuné qui expire de misère etde faim irait prendre 10 francs dans votre bourse, à vous qui jouissez de 1500 pis-toles de revenu? Le vol n’est un délit que parce que les institutions humaines ontétabli la distinction du tien et du mien. Dans l’état de nature, lorsque tout reste encommun, dans une république où tout appartient également à tous, a Sparte , parexemple, le vol n’est plus une faute ; il n’est même plus possible. Mais, lorsque la"loi a consacré la division des biens, celui qui porte atteinte a la propriété ne sau-rait tirer une excuse de son état de détresse. 11 en est de même pour le braconnage.Dans les pays où on n’a pas réglé le droit de chasse, chacun peut eu user ou enabuser, sans mériter le moindre reproche ; ainsi, en Espagne, avant Philippe II , au-cune loi n’existait sur cette matière, et on ne connaissait point de braconniers. Au-jourd’hui même, la langue espagnole manque d’un mot qui rende cette idée et,pour l’exprimer, elle est obligée de recourir a une périphrase.

Dans beaucoup de parties de l’Italie , la chasse est longtemps restée libre, aussila langue italienne n’est-elle pas a cet égard plus riche que l’espagnole. Cependant,en Lombardie , il existait des peines très-sévères contre les braconniers. On les con-damnait à faire’parlie des chiounnes, et cela avait donné lieu à un dicton milanais,que le capitaine Vita Bonfadini rapporte dans son traité délia Caceia dclt’ arco-laiggio 1 : les faisans ont la queue assez longue pour cacher une rame de galère.

Chez nous, la loi a fait du droit de chasse une dépendance de la propriété terri-toriale. Le braconnage n’est donc pas une simple infraction aux règlements de po-

' Milan, 1468.