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Province. Tome premier.
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ressources; loutes deux se prenant corps à corps, et présentant toujours tant dephysionomies diverses, tant de tours variés, tant de coups de théâtre, tant d’incer-titude de la victoire, que le spectateur reste haletant, indécis, ravivant la lutte parses clameurs à une savante manœuvre, excitant les lutteurs de ses applaudissementscomme du cliquetis d’un fouet; morne ou trépignant, suivant les chances heureusesou malheureuses de son favori. Ce peuple, dont l’organisation est si rudementtrempée, ne peut se plier à nos susceptibilités raffinées, aux habitudes parisiennesqui se contentent des mignardises du théâtre; lui ne craint pas le sang versé, detristes exemples l’ont assez prouvé ; et soyez sûrs que si la civilisation ne criait haro,il mettrait volontiers des épées dans la main de ses lutteurs.

Nous avons semblé, par ce qui précède, constater l’existence des luttes seulementdans les provinces méridionales; c’est qu’en effet là c’est une préoccupation inces-sante; mais la patrie des hommes aux longs cheveux et aux larges épaules a aussises lutteurs. Dans tous les pays où le séjour des cohortes romaines a tracé un sillagesi profond, qu’il n’a pas encore été effacé par le temps, le lutteur existe 'a l’étatde tradition. Mais parmi les montagnards kernewotes du Finistère , ce n’est plusun métier spécial ; ce sont des paysans robustes qui quittent la charrue et viennentcombattre à chaque pardon ' pour le divertissement de leurs compagnons. Nous neparlerons pas de cette lutte de paroisse à paroisse qu’on appelle sowle, et n’estautre que le jeu du sliinty eu Écosse , dit hurling en Angleterre, laquelle consiste àchasser une boule sur le territoire de sa commune. Nous mentionnerons seulementcelle dont la domination romaine a laissé tomber quelques notions sur le sol ; quis’est mêlée aux pratiques supertilieuses du moyen âge, et a subi l’influence religieusesi puissante en Bretagne . 11 est curieux de rapprocher les coutumes 4jui y sont usitées,avec celles de nos provinces méridionales.

D’abord, par une version contraire que la différence de climats explique, lesBretons luttent habillés. Une chemise de forte toile qui s’enserre dans une culotteétroitement collante au corps, les cheveux relevés, contournés en chignon et liés parune torsade de paille, des guêtres de berlinge 2 ; voila le costume. On comprendque la lutte y perd beaucoup de son intérêt, nous sommes bien loin de l’athlète. Lejeu des muscles, les poses académiques de deux corps entrelacés, les rapports detradition, tout cela ne peut plus exister. On ne voit que deux paysans qui se gour-ment et se roulent dans la poussière.

Le lutteur breton est par-dessus tout superstitieux; s’il se signe à plusieurs re-prises avant le combat, c’est moins pour demander ainsi l’aide de Dieu et de lasainte Vierge, que pour se préserver des sortilèges et du louzou. Le louzou, sachez-le bien, donne une vigueur surhumaine à qui le possède ; ce sont quelques plantes'a cueillir par la nuit, le jour du Sabbat, avec des formules mystérieuses. Les âmesreligieuses s’en gardent comme d’un maléfice, parce que c’est un pacte tacite avec

* Fête patronale2 Fil et laine.