15 )
LES BANQUISTES.
à leur profession seule de quoi soutenir leur misérable existence, se disloquent avectoute la conscience possible, et gagnent loyalement leur vie a se rompre le cou.
Les banquistes ont été calomniés, comme tant d’autres pauvres hères, qu’on agratuitement supposés incapables de résister aux provocations de la détresse. Certes,ils ont des défauts; mais ces défauts se retrouvent dans de plus hautes classes, d’oùl’éducation aurait dû les bannir. On leur reproche d’exagérer leurs talents, d’allécherles badauds par des images mensongères, par des déclamations ampoulées; maisn’est-ce pas aussi le fait des créateurs d’entreprises industrielles, des marchands decachemires, des inventeurs de panacées, des donneurs de consultations gratuites?\’est-ce pas en quelque sorte une nécessité dans une époque où tant d’intérêts seheurtent, où tant de rivalités sont en présence, où il faut moins de capacité pour en-fanter un chef-d’œuvre, que pour le faire accepter par un public blasé et tiraillé enlous sens? Le journaliste, qui consacre un pompeux article a un roman qu’il n’a paslu, est le frère du Paillasse qui tambourine à la porte d’une barraque. De la réclameà la parade il n’y a qu’un pas.
On a accusé les saltimbanques de voler des enfants; de pareils rapts ont eu lieuen Angleterre, mais, en France , il serait difficile d’en citer un seul. La race des sal-timbanques est assez prolifique pour n’avoir pas besoin d’enlever la progéniture d’au-trui. Les femmes des banquistes sont fécondes, malgré les fatigues d’une vie nomade,e t les dérangements que peut apporter dans la gestation de quelques-unes, la fu-neste habitude de se faire casser des moellons sur l’abdomen. On naît saltimbanquecomme on naît prince; la profession se transmethéréditairement comme un litre de noblesse. Sanschercher des recrues ailleurs que dans sa famille,le père saltimbanque dresse ses enfants dès l’âge lePlus tendre, et suit leurs progrès avec sollicitude.
Quand on leur a suffisamment démanché les mem-bres, brisé les reins, désarticulé les jointures, ilss ontaptes a leur métier. Ils iront!
Examinés sous un point de vue de métaphysiquetranscendante, les banquistes sont, de tous les in-dustriels, ceux qui démontrent le plus évidemment qu’il y a dans l’homme un
principe spirituel, actif et libre, doué du pouvoirde subalterniser la nature passive. Quels hommessont plus que ceux-l'a maîtres de leur corps, quelshommes soumettent leurs organes matériels avecplus d’énergie, et luttent avec plus de spontanéitécontre les instincts et les exigences de la chair! L’unmarche sur la tête, donnant ainsi un démenti au versd’Ovide : Os hotnini sublime (ledit. Cet autre s’intro-duit dans l’œsophage une lame d’épée. Un troisièmefait l’exercice en se servant de sa jambe en guise defusil; un quatrième jongle avec des barres de fer.
♦