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LES BANQUISTES.
Celui-ci vomit des éloupes enflammées,celui-là parle avec le venlre. Non contents dese dompter eux-mêmes, les banquistes triomphent des quadrumanes, des quadru-pèdes, des oiseaux, des reptiles, des insectes, et les forcent a contribuer aux plaisirsdes amateurs. Au commandement d’un maître habile, les chiens jouent aux dominos,les ânes font des additions ; les chevaux disent l’heure exactement et désignent lapersonne la pluscurieuse de la société; les serins tirent le canon, les singes dansentsur la corde, les lièvres battent le tambour, les puces traînent des carrosses, etles éléphants sonnent de la trompette. Les banquistes ont seuls des droits incontes-tables au titre glorieux de rois des animaux.
Malgré ces ressources, l’existence des banquistes est précaire : aussi sont-ils ché-tifs et rabougris, quand leur profession n’exige pas qu’ils pèsent trois cents livresou qu’ils aient huit pieds de hauteur. Un arracheur de dents entre dans une petiteville, escorté de son Paillasse indispensable et de ses musiciens ordinaires. « Dî-nerons-nous aujourd’hui? » demande la troupe affamée. « Nous allons voir ça, »répond le chef, et il court chez le maire. Si le magistrat, mécontent de sa femme oude son déjeuner, refuse l’autorisation demandée, il faut plier bagage et chercherfortune ailleurs. Admettons qu’il ait été bénévole, que le tambour de la ville aitconvenablement proclamé l’arrivée de l’incomparable dentiste, que les commères etles enfants de l’endroit se soient déjà attroupés pour écouter les lazzis de la Queuerouge, vienne une averse, et toute espérance de recette disparaît avec le beau temps.La question est résolue négativement : on ne dînera pas.
La misère toutefois n’est point la compagne inséparable du banquiste. En remon-tant au dix-septième siècle, on voit que Tabarin , Turlupin, Gaultier-Garguille etGros-Guillaume, ces Christophe Colomb de la parade, battirent monnaie dans leurjeu de paume de la porte Saint-Jacques. Bobèche est mort dans l’aisance, tout grandhomme qu’il était. Des charlatans trouvent dans la vente du vulnéraire suisse assezde bénéfices pour entretenir un nombreux domestique, et se retirer à la fin de leurcarrière dans une métairie payée de leurs deniers. Malheureusement c’est le petitnombre qui jouit de ces doux loisirs, car la plupart, après avoir rôdé de contrée encontrée, essuyé mille revers, mille insultes, mille rebuffades brutales, arrivent unjour, las et ridés, à une dernière étape, y meurent de fatigues et d’épuisemenl, etsont jetés dans un coin d’un cimetière étranger, à cent lieues de leur pays natal.
Isolés par leur genre de vie du reste de la société, il semblerait que les banquistesdoivent former une communauté compacte et fraternellement unie; mais la concur-rence les divise. Rien de plus faux que ce proverbe : les loups ne se mangent pasentre eux. Les animaux de même espèce, au contraire, cherchant par les mêmesmoyens à satisfaire leurs appétits, se livrent une guerre civile acharnée. Les ban-quistes vivent par groupes, et chaque compagnie est ennemie et rivale de toutesles autres. Dans une fête de village, les barraques alignées se touchent et s’engre-nent, mais leurs habitants s’évitent. Le funambule ne donne pas la main à l’Alcidedu nord, le directeur du théâtre des marionnettes regarde de travers l’éducateurd’animaux savants. Chacun envie la place octroyée à son voisin par l’autoritémunicipale. Celui dont la fente n’est pas surmontée d’un tableau trouve tou-