LES BANQUISTES. 155
jours moyen de glisser dans son annonce une phrase dépréciatrice dirigée contredes rivaux plus heureux. « Il ne faut pas vous fier aux tableaux, messieurs et mes-dames; vous voyez souvent de magnifiques peintures a l’extérieur, et au dedans iln’y arien. » A la jalousie haineuse que se témoignent les banquistes, on les pren-drait pour des hommes de lettres.
Entrons dans le champ de foire un jour de fête patronale, et passons en revuecette grande légion des banquistes, saltimbanques et marchands forains. La multi-tude est nombreuse. Paysans et bourgeois, ouvrières en bonnets, dames en cha-peaux, hommes en blouse, dandys en frac, se mêlent, se pressent, se heurtent, seculbutent, alléchés par une égale curiosité. Mille bruits divers se confondent : le na-sillement des clarinettes, le mugissement des grosses caisses, le cliquetis des cym-bales, le grincement des mirlitons, le rire des jeunes filles, l’explosion des pétards,les invitations séduisantes des marchands. « Boum! boum! boum! — Voyons, ma-demoiselle, qu’est-ce qu’on va vous vendre? — Czing! czing! czing! — Allons, ma-dame, mes six derniers numéros pour un sou.—Pif ! pan ! pan !—Par ici, messieurs,a tous coups l’on gagne. —Trom ! trom ! trom ! — Une partie de bagues en pas-sant, messieurs. — Crin , crin, crin ! — Une, deux, trois, partez, muscade ! — Psint !psim ! psim ! baound ! — Voila, messieurs, six macarons pour un sou ! »
Que de boutiques, de tentes, de barraques, d’industries variées, de spectacles etde spectateurs ! Voulez-vous essayer la force de vos poings, de vos reins, de vospoumons, frappez sur ce tampon, en ligne verticale ou horizontale, appuyez l’épinedorsale contre ce coussin, soufflez dans ce tube, et un cadran indiquera en kilo-grammes le résultat de l’expérience ; vous pourrez même voir surgir du dynamo-mètre un Hercule en bois peint, auquel il vous sera loisible de vous comparer.Avez-vous envie de chanter, vous trouvez selon vos goûts des cantiques, des com-plaintes, des chansons militaires ou grivoises : le Juif errant, Pyrame et Thisbé , le
combat de Mazagran, ou la pauvre Bourbonnaise.Désirez-vous exercer fructueusement votre adresse,lancez un anneau dans une des neuf quilles soli-dement fixées sur ce tréteau, couvrez une de cesplaques avec des palets de même dimension, etvous allez gagner des chandeliers, des couteaux,des porcelaines de Nevers , des gravures enluminéesau bas desquelles on lit : « Que les sons de la gui-lare font éprouver de plaisir a des cœurs faits pourSe comprendre, surtout lorsque c’est l’objet aimélui les fait vibrer! »
Ou bien prenez cette arbalète, et visez h la poi-trine cet Arabe a l’air féroce, a la face basanée,que vous aurez le plaisir patriotique de voir ren-Ve rsé sous vos coups, tandis qu’un Amour , glissant^ long d’une ficelle, viendra déposer sur votre tête”ne couronne de roses.