4 56 LES 15 ANQU IS TES.
femme hercule, va terminer nos exercices en portant sur son ventre ce tonneau quipèse cinq écrits livres. Mais auparavant, messieurs, je vais me permettre de fairele tour de l’aimable société. »
C’est, hélas ! celui de ses tours qui lui réussit le moins.L’aimable société se disperse, et va porter ailleurs le tri-but de ses applaudissements, le seul tribut qu’elle prodi-gue avec une inépuisable munificence. Elle suit un mo-ment des yeux la canne que le batonnisle envoie a vingtmètres du sol, et qu’il reçoit gracieusement derrière ledos. Elle donne un coup d’œil au cul-de-jatte qui pi-rouette avec des béquilles. Elle admire l’homme-orches-tre,-bipède musical, dont la tête joue du chapeau chi-nois, la bouche de la flûte de Pan, les mains de la grossecaisse et les genoux des cymbales, et se répartit en grou-pes épais devant, les baraques qui forment dans lechamp de foire une longue avenue bi-garrée.
Arrêtons-nous auprès de la plus voi-sine.
L’orchestre vient d’achever son va-carme accoutumé. Le Paillasse, personnagemaigre et efflanqué, que son patron ap-pelle Gras-Boyaux, s’est signalé par l’agi-lité avec laquelle il a fait passer son braspar-dessous sa jambe droite ou gauche,avant de le laisser retomber sur la grossecaisse. Il se promène de long en large, lesmains dans ses poches, en chantant l’am-phigouri suivant :
Trois p’tils cochons sur un fumierS'amusaient comin’ des port' cochères.. .
J’ lui dis : Sansonnet , mon petit,voudrais avoir un' liv’ de beurre...
Eli ben, nol’ maitre, êtes-vous content de ma musique Vlc maître. Mais, oui, tu ue travailles pas mal.gras-royaux. Qu’cst-ce c’ que vous allez in’ donner pour ma peine ?le maître. Je vais t’acheter un morceau de pain d’épice.gras-boyaux. Ali ! non, j’en veux pas.
le MAiTHE. Pourquoi cela V •
gras-boyaux. Parce que c'est d’la couleur du visage de vot’ femme.i.e maître. Iinpcrliueut !.. I II lui donne un soufflet. )
G11AS-B0YAUX (criant ) Oli ! là ! là ! là I là !
le maître. Drôle, je le chasserai, d'autant plus que tu es aussi maladroit qu'insolent. \S’udr ty
I il '"V
J’ te mettrai d' l'huile sur tes sabotsPour l'air' Iriser tes papillotes....
Ma veste est percée aux genoux. ..
Ali ! rendez-moi mon bout d'chandelle I ••