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LKS BANQUISTES.
d’arabesques en vermillon. On lui présente un pigeon vivant, dans les entrailles du-quel il plonge des dents acérées, et cette agréable nourriture semble lui faire ou-blier un moment sa captivité. Mais bientôt il reprend son air farouche, trépigne, sedébat, et cause une vive perturbation parmi les spectateurs placés aux premières.
Un seul est inaccessible à l’effroi. A son air d’audace et de bonne humeur, il salournure dégagée, a ses longs cheveux, a sa barbe en pointe, a la bizarrerie de sonaccoutrement, il est aisé de le reconnaître pour un artiste parisien, attiré dans cetteenceinte moins par la curiosité que par le désir de faire une charge. Quand lepatron demande s’il y a quelqu’un dans la société qui parle caraïbe , l’artiste pro-nonce un oui retentissant. Le patron est stupéfait, le sauvage paraît interdit, lepublic chuchote. « Tiens, ce monsieur parle caraïbe 1 — Comment peut-on savoir lecaraïbe? — Où donc l’a-t-il appris? — Je le sais d’enfance, répond l’artiste, j’ai véculongtemps dans le pays des sauvages. » La conversation s’entame : « Nior chamaraistoc croc, dit l’artiste. « Ristoc chnifama, «réplique le Caraïbe avec aplomb. « Canvou speak english ? — Malaboba. — Buogi giormo, signor, corne isl'u lei? Panla-loni loustic maritou. » Ils continuent ainsi pendant quelques minutes a échangerdes paroles incohérentes, mais le sauvage semble s’impatienter, grince des dents, etmenace du poing son interlocuteur. « N’approchez pas, dit a ce dernier le patron,n’approchez pas; vous l’avez mis en colère!— Moi! répond l’artiste, je lui ai de-mandé paisiblement des nouvelles de sa famille. » El, malgré la représentation dupatron, il s’avance vers le sauvage : mais celui-ci, exaspéré, gesticule avec furie, et,(>n se démenant, frappe au visage le linguiste importun. « Ah! c’est comme ça quetu le prends? s’écrie l’artiste: eh bien, nous allons voir. » lit il se précipite sur leCaraïbe . Une lutte s'engage ; l’intervention du patron, les clameurs des assistants,n’arrêtent point le bras de l’offensé, et le Caraïbe renversé, meurtri, déteint, cried’une voix suppliante : « Laissez-moi donc ! vous allez m’assommer. » Ces mots sontaccueillis par des éclats de rire et des battements de mains. Le vainqueur lâche savictime; le pseudo-sauvage s’enfuit dans la coulisse, et le publicseretire, en devisantsur cet événement tragi-comique, que de nouvelles scènes lui feront bientôt oublier.
Les théâtres de marionnettes sont nombreux; les uns, propagateurs de la gloirefrançaise , habillent leurs musiciens en arabes avec des burnous de calicot, et nousexhibent la prise de Conslanline, animée par quantité de figures mécaniques. Lesautres, émules des manufactures dramatiques du boulevard, font représenter pu 1 'leurs comédiens de bois, Paul et Virginie ou les Amants de l’Ue de France , la Tou 1 'de Nesle ou les Mœurs au mogeu âge, et le Tremblement de terre de ta Martinique .Arlequin a été métamorphosé en Buridan , Cassandre a été promu â la dignité de rotde France, etColombine est devenue Marguerite de Bourgogne . Les petits automatesrachètent par un grand déploiement de gestes anguleux l’immobilité de leur visage-lis s’agitent convulsivement, et déclament par procuration des tirades ampoulées,non exemptes de fautes de français. On croirait voir de véritables acteurs : ils ontmoins le jeu de la physionomie, mais les spectateurs n’y perdent pas.
Où diable le drame va-t-il se nicher? Polichinelle n’est-il pas cent fois plus ré-créatif, avec sa voix modifiée par la pratique, sa gaieté franche, ses allures de le-