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Province. Tome premier.
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LES B A ÎN QUI ST liS.

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le commissaire. En ce cas, lu ne seras pas pendu.

POLICHINELLE. AlOPS, c'csl moi.

(Afin de couper court aux dilemmes, un soldat apporte la potence. Polichinelle la considèreavec étonnement, et demande des explications sur la manière de s’en servir.)

i.e soldat. C’est donc la première fois que tu es pendu ?

polichinelle. Ma foi, oui.

Polichinelle feint de vouloir placer sa tête dans le nœud coulant ; mais, par uneadroite maladresse, il a soin de la poser toujours au-dessus ou au-dessous du cerclefatal. Pour mieux lui faire comprendre le jeu delà machine, le soldat se met com-plaisamment la corde au cou ; funeste bonne foi, car le bourreau est pendu par lecriminel ! Le diable intervient pour châtier tant de forfaits, et emporte Polichinelleaprès une lutte de quelques instants. La morale est satisfaite, le crime puni, lasociété vengée, et les spectateurs s’en vont non moins édifiés que réjouis.

Le soir vient; le charivari de la fête atteint son apogée : les verres de couleurs’allument, les quadrilles se forment sous des tentes pavoisées; les fusées volantessifflent dans l’air ; la fumée des pétards rougit le ciel sombre, les clarinettes enrouéesjettent au vent leurs derniers sons. Plus d’un paillasse, qui n’a pas soupé, rit, lecœur gros et l’estomac vide. Les banquistes donnent leurs dernières et toujours bril-lantes représentations. Le lendemain, ils décloueront les baraques, rouleront lestableaux, s’emballeront pêle-mêle avec les ustensiles de leur métier, consulteronll’almanach, et prendront le chemin d’une autre ville. Une longue file de charrettesoblongues, arches de Noé roulantes, pareilles a des voitures cellulaires, emporteraloin du lieu de la fête les différents microcosmes de bateleurs.

Pauvres banquistes, Dieu vous conduise !

Émile de la Bédollierre.