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Province. Tome premier.
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Nourris îles discussions philosophiques du siècle dernier, nous nous sommes mon-trés les dignes élèves de nos maîtres, et, persévérant dans celle voie sans issue d’a-nalyse et de synthèse, qu’ils nous ont enseignée ; nous avons voulu pénétrer Ions lesmystères de la vie, disséquer toutes nos sensations; — nous avons abusé des chosesles plus saintes et les plus respectables.

Les Dieux s’en vont, disait naguère un des plus grands poètes de l’époque:hélas! les Dieux ne sont déjà plus ! aux yeux de bien des gens, la religion est unepratique purement philosophique, une ressource épuisée qui ne peut lien pour lebonheur; le christianisme n’est plus qu'une habitude ou un désœuvrement, qu’unelouchante et magnifique poésie ! Il n’est donc pas surprenant que ceux qui pensentainsi, et le nombre en est malheureusement bien grand, entraînés par des convictionsnouvelles, livrés à toutes les sciences sociales et régénératrices, et 'a la controversedes théories, unis pour détruire, et divisés pour fonder; que tous ces sectaires, dis-je.semblent avoir si bien oublié, dans leur ardeur de néophytes et de philadelphcs,qu’il est encore en France , au sein d’une population nombreuse et turbulente, desthébaïdes saintes, des lieux de recueillement et de prières; asiles modèles, ouvertsnon-seulement aux âmes simples et pieuses, mais à tous les désespoirs comme a toutesles misères; qu’il existe des hommes vraiment sages, qui prêchent une philosophietoute pratique et désintéressée, la plus simple et la plus éprouvée de toutes les phi-losophies; des hommes qui apportent à l’humanité souffrante des consolations effi-caces et directes, et se gardent bien d’user en de vains systèmes leur intelligencecl. leurs jours. Mais est-il rien ici-bas qui puisse résister a l’action du temps?Comme toute chose, la sagesse humaine a ses limites de puissance et de duréequ’elle ne peut franchir. Nos gouvernants ont subi l’influence des rhéteurs; néanmoinstout eu combattant et en détruisant la puissance des ordres religieux, que le peuple,souvent aveugle et toujours exagère, voulait, par une mesure extrême, proscrire àjamais, ils n’ont point prétendu se priver des ressources incontestables et salutairesde la morale chrétienne : dans les religieux vaincus et dispersés, ils ont vu et neveulent voir désormais que des philosophes sincères !

Si dans vos pèlerinages d’artistes, sur quelque sommet sauvage, on bien au fond dequelque sombre précipice, de loin en loin, vous retrouvez, parmi toutes ces ruinesaugustes que la révolution a faites, un vieux monastère mutilé et a demi réparé;si vous rencontrez quelques pauvres cénobites, hospitaliers et laborieux, sachez-lebien, c’est que la loi ferme les yeux; c’est que la foule, remuée par d’autres passions,voit sans craintes les derniers efforts de cette puissance qui s’éteint, et n’a plusde colère pour ces hommes dont nous avons pris ici-bas tonte la place au soleil. —Autrefois, le religieux remplissait le monde; il commandait au peuple par l’effroi ouparle respect, souvent même parlons les deux a la fois. Quelles que fussent l’obscurité