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Province. Tome premier.
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prières, plein «le pieuses illusions cl «lu suintes naïvetés. Il est bien encore aussiignorant que par le passé, mais il a le presscnlimeul «le celte ignorance : il obéit àl'instinct «le la nature cl «les sens, et il s’y laisse aller sans trop se douter qu’il courtdans les voies détournées de l'abîme. L’homme se réveille eu lui, et In crise est violenteet redoutable ! il ne faudrait pas qu’une amilic profane, intervenant dans la lutte, ac-courût en aide au religieux; que le hasard fil tomber entre les mains de «lom Isidorequelques œuvres «le la philosophie moderne. Cette âme ardente qui se consume vaine-ment en des rêves qu’elle ne peut formuler, fatiguée qu elle est «le tant d'incertitudes,se précipiterait bientôt vers celle issue probable, et marcherait d’autant plus vite dela discussion au scepticisme et du scepticisme a la révolte, que, soutenue par la sociétémoderne, elle n’a d’autre tribunal a redouter ici-basque celui de la conscience. Or,il n’en sera rien; il ne peut en être ainsi. Lejeune proies est si bien isolé des hommeset des lois, qu’il n’a pas même l’idée «le son libre arbitre appliqué à la controverse«lu dogme : il ne peut que mourir. Mais si le religieux ne succombe pas, dis-je, s’il nemeurt pas, insensiblement, l'habitude exerçant sur lui sa puissance infaillible, doinIsidore ramènera ses désirs dans les voies prescrites par la règle, et, trouvant plus dedouceur et de sécurité il se laisser conduire, il vivra longtemps, très-longtemps,comme la plupart des chartreux, comme «lom François son père-maître.

C’est laie chartreux, et, il peu de chose près, le trappiste. Toutes les différences quisont entre les disciples de saint Bruno et ceux de saint Bernard proviennent d’a-bord de ce que les premiers vivent en solitaires, tandis que les seconds sont essen-tiellement cénobites, et ensuite, de ce que le chartreux emploie selon sa fantaisie lessept heures que le trappiste consacre aux rudes travaux des champs. Les artistes et lesvoyageurs, les chrétiens riches et oisifs, tous ceux qui peuvent dépenser à leur gréet le temps et l’argent, se retirent il la Chartreuse, et font volontiers une retraitemomentanée au milieu d’une nature pleine de charmes, savourant avec délices cettevague tristesse et toutes les grandes émotions qu’inspire infailliblement une solitudepaisible et choisie, où la religion se montre sous son aspect le plus touchant et leplus poétique. Mais les pauvres déguenillés, les mendiants vagabonds, les infirmeset les malheureux ; tous ceux qui souffrent par la faim et par le désespoir, tous ceux-là vont a Aiguebelles, a Mortagne où à Meilleray. Si vous ne craignez pas d’accepterl’humble hospitalité qui vous est généreusement offerte, si vous osez vous mêler àcette lie humaine et vivre côte a côte avec toutes sortes de misères, allez où vont cesgens; allez apprendre ce que c’est qu’une vie de véritables privations, qu’un trappistesoumis à l’étroite observance de Gâteaux . A Aiguebelles, les nonchalantes béatitudes«le l'extase, les ouvrages frivoles, les occupations attrayantes sont sévèrement inter-dits : c’est bien, comme tout à l’heure, la prière et le travail, le jeûne et la mé-ditation, mais le travail assidu et méritoire, la méditation en commun, sous les yeuxde l’abbé qui accuse et punit celui qu’il soupçonne, sans que celui qu’il soupçonne-môme injustement, ait le droit de se justifier ! Du pain et de l’eau pour nourriturehabituelle; une cellule de six pieds sur quatre, et pour lit une planche! — Le silenceabsolu : les religieux 11e se parlent que pour s’avertir ou s’accuser; ils n’échangentjamais entre eux que ces mots terribles : « Mon frère, il faut mourir ! »