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LES GENS DE MEK.
caboteur; le pilote intrépide et fanatique, le matelot bronzé par le soleil intertro-pical, endurci au souffle de tous les vents, crédule et bonne créature qui sourit achaque danger nouveau; — tous sont marins, entendent un langage qui leur estcommun, et pratiquent une même profession sur laquelle reposent la force et la ri-chesse du pays. Tous sont soumis à une législation exceptionnelle à peine soup-çonnée dans l’intérieur de la France , et qui est en opposition flagrante avec les qua-tre premiers articles de la Charte constitutionnelle. Tous empruntent à leur métierdes allures que l’âge et la position sociale de chacun ont diversifiées à l’infini, etqui établissent parmi eux une foule de variétés parfaitement distinctes.
Si nous cherchons le mot marin dans le Dictionnaire de l’Académie, nous n’entrouverons pas même une vague définition, et nous apprendrons qu’il se dit en gé-néral des gens de mer; si nous consultons les dictionnaires de marine, l’amiralWillaumez nous répondra par une longue paraphrase sur les qualités qui doiventdistinguer l’homme de mer accompli. Enfin, si nous nous adressons a quelque bravegrognard du beaupré, il nous dira : « Un marin, c’est celui-l'a, voyez-vous, qui n’estni piou-piou ni Parisien, sauf votre respect; un homme comme moi, quoil unancien, une peau tannée qu’a louvoyé sur toutes les mers, sait prendre une em-pointure de tout temps, et que sou plaisir est de bûcher les Anglais et d’aller unefois le temps courir bordée sur le plancher des vaches.
— Mais votre commandant n’est donc pas un marin?
— Ah ! si fait, dam, — et un vrai ! —mais d’autre sorte, quoi ! — qui fusille lesoleil avec son lire-pied ', connaît sa carte comme ma poche, et a de 1 ’inducationpour le carcal comme un maître de malhigues. Faut l’enteudre quand nous sommesproche d’atterrir. On voit pas un brin de côte : c’est égal 1 il monte sur le pont, de-mande combien qu’on file de nœuds : « Dans une demi-heure, qui dit, on verramorne aux Bœufs ou la tour d’Ouessant . » Ça dépend de l’endroit; et sûr, une demi-heure après, la vigie crie : Terre ! Avec ça qu’il connaît son monde, qu’est malaiséde lui tirer des carottes, et qu’il fait manœuvrer le vaisseau à son idée. — C’est unvrai, que je vous dis, un vrai fini. — C’est pas comme notre second, un frise-pouletqu’est marin juste autant que ma petite sœur. Faut que le gouvernement ait desfrégates à perdre, qu’on dit que ce joli cœur va prendre le commandement de l’airmignonne ( l’Hermione ) ; excusez du peu ! — J’aurais pas confiance d’y mettre monsac à bord. »
L’explication du vieux chiqueur en vaut bien une autre ; pour lui aussi le termede marin désigne plutôt une qualité qu’une profession, et cesse d’être applicableà ceux qui ont choisi le métier de la mer comme moyen d’existence ou defortune. Cependant, n’ayant pas les mêmes raisons que le sévère gabier pourexclure de notre série de tableaux ceux qui, dans sa pensée, sont indignes dece titre glorieux, nous accepterons le mot dans son acception la plus générale, et,
1 Tire-pied, nom que les matelots donnent aux instruments astronomiques, tels que sextant, octant etcercle de Borda, dont ils voient les officiers se servir.