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sans nous restreindre a la description d’un beau idéal, nous représenterons les gensde mer tels que nous les avons observés, avec leurs bons et nobles instincts, maisaussi avec leurs imperfections et leurs ridicules. Nous n’essaierons pas de resserrerdans une esquisse de fantaisie les types neufs et pittoresques dont abondent la ma-rine militaire et la marine marchande. Le grand cadre qui les entoure se subdivisede lui-même en compartiments déterminés par la nature du sujet. Les existences àjamais consacrées au service de l’état veulent être isolées de celles dont le com-merce est l’unique fonction. Nous nous sommes complu à reproduire les traits mo-biles de l’ aspirant ; Y officier a été pour nous la personnification du corps militaire,le capitaine de commerce celle de la marine marchande ; une place à part revenaitau matelot qui passe alternativement d’un vaisseau de ligne sur un trois-mâts ouun chasse-marée, et enfin nous en avons dû réserver une dernière à l’ensemble desPopulations maritimes, a la femme, a l’enfant et à l’ouvrier des ports, êtres plusqu’a demi marins, qui complètent la galerie des personnages dont l’océan est de-venu la seconde patrie. Tous ces personnages de classes sociales distinctes, de con-ditions diverses, nous les avons réunis sous le simple titre de Gens de met-, expres-sion à la fois consacrée par la législation et par l’usage.
Les gens de mer sont un peuple a part daus le grand peuple, ils ne sont pointr égis par les lois communes ; et c’est ici le lieu de justifier une proposition que nousavons déjà énoncée plus haut. Les révolutions démocratiques ont en vain détruit lescharges et les privilèges, nivelé les aristocraties, donné de l’extension aux droits dechacun, et modifié la pénalité; les ordonnances relatives à l’inscription maritimen ’en subsistent pas moins dans toute leur force, bien qu’elles portent atteinte auxPlus précieuses prérogatives de la liberté individuelle, et elles sont trop utiles aurecrutement des troupes de la flotte pour être jamais entièrement abolies. Aujour-d’hui comme en 1681 le régime des classes, c’est-à-dire la disponibilité pour les ervice de l’état depuis l’âge de dix-huit jusqu’à celui de cinquante ans, poursuitl°ut homme qui a embrassé le métier de la mer. A peine de retour d’un voyage decommerce, il est levé pour le 'service de l’état, et finit par y avoir passé à diversese Poques environ le tiers de son existence. Les populations riveraines redoutent lalo ‘> la maudissent, mais s’y résignent, sans même remarquer la différence énormequ’elle établit entre elles et le reste des Français . Les pêcheurs et les ouvriers desPorts y sont soumis aussi bien que les matelots; elle atteint les capitaines au longcours eux-mêmes, qu’on pourrait forcer, en cas d’urgence, à servir dans la marinea vec le grade provisoire d’enseigne de vaisseau.
Cette partie de la nation si cruellement traitée par nos institutions est pourtantcelle peut-être qui rend le plus de services au pays. Elle arme les vaisseaux de l’é-tat et les corsaires, qui sont leurs auxiliaires puissants lorsque la guerre s’allume.Sa «s elle, il n’est plus de commerce extérieur : l’agriculture et l’industrie lui doi-Ve nt donc une grande part de leur prospérité. Elle contribue également à la gloireet au bonheur du pays. Tandis que les hommes faits et les jeunes gens naviguent°u combattent, luttent contre les éléments ou les ennemis, le reste, vieillards, fem-mes, enfants, habitants paisibles du littoral, s’occupe sans relâche des constructions,