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LES GENS DE MER.
déplorera amèrement une tentative qui lui fait jouer le plus triste rôle. L’élève demarine est aussi inflammable qu’une allumette chimique allemande; au moindre
frottement, le voila éperdument amoureux; il brûle ensuite pour la vie.ou plus
ordinairement jusqu’à la première relâche. Quand il a fait quatre campagnes, *1trouve dans ses plus tendres souvenirs une certaine quantité de passions égalementéternelles, dont deux Espagnoles et une Anglaise au moins, une créole de la Mar-tinique , une Brésilienne, Chilienne ou Péruvienne, enfin, plusieurs passagères detoutes nations. 11 en parle avec une légèreté mêlée de tristesse, rit de ses amourssans résultat, de tant de romans commencés et jamais finis. Quelquefois cependantl’impression a été plus profonde. « Que les gens du monde se récrient sur le beaucôté de la vie du marin, dit-il alors, qu’ils vantent le départ qui délivre de toutengagement et permet de voltiger de fleur en fleur, sottises que tout celai... Troiscases en chaume, un visage ami, des soins hospitaliers, ajoutez une femme aimée ace tableau, en voilà plus qu’il n’en faut pour m’attacher à un lieu de mouillage, fût-il situé à l’île de Jean-Mayen ; mais, quand nous nous sommes créé des habitudes,quand nous sommes parvenus à trouver l’emploi de nos soirées à terre ( ce grandproblème si difficile à résoudre en pays étranger) ; quand nous commençons enfin ajouir un peu des plaisirs de la société la plus douce, la plus naturelle à l’homme,l’ordre du départ, inhumain, inexorable, nous force à tout rompre. Peut-on vivreainsi à vingt ans ! »
L’élève amoureux serait tourné en ridicule par tout le poste si sa passion venaità être découverte, il la cache donc avec le plus grand soin; mais, si par bonheur, unde ses camarades se trouve atteint du même mal, et qu’ils se devinent, oh ! alors,quelles longues et douces causeries ils auront ensemble ! que de projets ils bâtirontpendant leurs quarts de nuit ! qu’ils trouveront de charme dans ces confidences dontle meilleur résultat est d’engendrer de nobles et durables amitiés. Du reste, si forte’que soit la dose d’amour ou de mélancolie qu’a prise l’élève de marine, soyez sansinquiétude, un contre-poison sûr lui est réservé. Ce remède souverain, c’est I ebrevet d’enseigne de vaisseau, si longtemps attendu, si ardemment désiré. En h'recevant, il a bien le loisir de se poser en Werther ; le désespoir cède vite aux vertu smagiques de la première épaulette : avec elle le cortège des illusions revient coinin 1 ’par miracle, et dans un pareil instant, on est bien excusable, ma foi, d’oublier I e *vagues images d’une série d’inhumaines éparses aux quatre coins du monde. Voiï acomment finissent les amours de l’aspirant de marine. Le nouvel enseigne l eSlaisse dans le poste avec sa vieille aiguillette noircie; il franchit la courcive Q 01conduit dans le carré des officiers ; mais, de ce moment, il est hors du cadt°que nous nous sommes tracé, il ne nous appartient plus! Adieu les riantssouvcni ,sd’une misère joyeuse! notre type nous a échappé sans retour; comme une lar vtlongtemps incomprise se transforme en fier coléoptère, il vient de changer d’élémenbet le rayon de soleil qui opéra cette métamorphose soudaine, ce n’est, il fautl’avouei ■qu’une illisible signature de Son Excellence monsieur le Ministre de la Marine.
G. DE LA XiANDELLE.