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Province. Tome premier.
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L’ELEVE DE MARINE. 181

eu racle, et l’un liait par s’oublier totalement, jusqu’à semblable occasion, bienentendu.

On conçoit qu’il est certaines natures sérieuses ou artistes, qui doivent souffririncessamment sous le frac d’élève. Que devient le pioclieurqui essaie de travaillera un épure, pendant que ses camarades se mettent à batailler autour de lui? quellescontrariétés n’éprouve pas le jeune homme passionné pour la musique, le dessin°u la littérature ? les caractères susceptibles, qu’un déluge de lazzis accueille à chaqueParole, ont surtout horreur de cette existence commune et soif d’isolement. 11 fautqu’un élève s’accommode de tout, même de l’oisiveté ; qu’il ait le verbe haut et la'''poste prompte ; la vivacité et l’audace le caractérisent, l’insouciance doit le com-pléter. Lorsqu’il réunit toutes ces conditions, il est aimé du matelot; sur le gaillard<1 avant on rit du jeune élève de seconde classe, mais l’aspirant de première y estestimé à plus d’un titre : « C’est un bon enfant et un solide, quand il est de corvéedans la chaloupe, il nous dit : Ah çà ! je vous permets d’aller boire un coup, maiscelui qui n’est pas de retour dans cinq minutes, gare dessous ! je ne le rate pas, etune autre fois il verra la terreau bout d’une gaffe. — Ilein ! c’est bien parlé ! il n’aPas peur qu’on lui lile, il sait qu’on le connaît ; c’est pas un chien comme y en adans le service. »

Les élèves savent que leur devoir est d’être des premiers partout où il y a dudanger; si un homme tombe à la mer, ils se précipitent dans le canot de sauvetageet saisissent un aviron sans hésiter; dans les débarquements ils ne le cèdent à per-s °nne, les ofliciers ont peine à modérer leur ardeur, et les plus enragés des matelots11 les suivre au pas de course. Dans un incendie, ils sont aussitôt rendus en hautque les gabiers eux-mêmes; à l’œuvre, leur enthousiasme se réveille, ils sont in-tr épides et infatigables. A Bone, à Bougie , à la Vera-Cruz, l’élève imberbe conquiert

I épaulette ou la croix ; par un gros temps, s’il faut donner l’exemple pour monters ur les vergues, tous les aspirants s’en disputent l’honneur.

Ce hardi jeune homme, le premier à l’abordage et le dernier à se rembarquer,l°rs d’une expédition à terre; ce stoïque viveur dans la mansarde ou dans le poste,c^éhonté dans l’orgie, insensible aux privations, toujours joyeux malgré la perte deSe s plus beaux rêves de gloire et d’indépendance, toujours prêt à déployer une té-tîl °rité opiniâtre ; cet aspirant, en un mot, prenez-le par la main, introduisc-z-le dans

bal de bonne compagnie, il est timide et gauche, n’ose prononcer une parole et

II a pas le courage d’inviter une danseuse. Il se retire tout pensif dans un angle duSa *° n , et dévore du regard une jeune personne dont il vient de faire la dame de sesPensées. Sorti du collège pour entrer à l’école navale , trois ou quatre ans de mer11 ont pas du lui donner un grand usage du monde. Son malaise augmente par leSe ntiment qu’il a de son air emprunté; il se délie de lui-même et porte envie, main-tint, au moindre rhétoricien qui a l’aplomb de tourner un compliment en style'Ociaphorique. Trois heures s’écoulent dans une torture inouïe ; enfin, par un effortdésespéré, il vient à bout de rompre la glace. Au moment où l’on commence à sere lirer, il va implorer en balbutiant la prochaine contredanse ; si, par hasard, il est3rr ivé à temps encore, il le regrettera bientôt, ne trouvera pas un mot à dire et