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Province. Tome premier.
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LES GENS DE MER.

lerie brillante, de ponts étincelants de blancheur et d’ornements variés. Son admi-ration est excitée par le luxe grandiose déployé devant lui, mais il ne s’arrête paslongtemps à cette impression, et bientôt son intérêt se trouve puissamment éveillépar ses remarques sur les hôtes habituels du vaisseau. En voyant d’un côté du grandmât une foule de matelots resserrés dans un espace en apparence trop étroit pourqu’ils puissent s’y mouvoir ; de l’autre, quelques officiers seulement se promenantà leur aise, il comprend que le navire a ses deux quartiers aristocratique et prolé-taire aussi distincts que les faubourgs Saint-Honoré et Saint-Antoine ; il saura plistard que le premier est le gaillard d’arrière réservé à l’état major, et l’autre le gail-lard d’avant abandonné a l’équipage. Il devine l’étiquette navale qui se trahit pariniHuindices, depuis le coup de sifflet, honneur bizarre rendu a toute épauletlequi mouleà bord, jusqu’à la rigoureuse répartition des places dans un canot où l’un des bancsest l’apanage du grade le plus élevé; et dès lors l’officier de marine lui semble plu-tôt roide et empesé que porté a une franchise familière. La vie commune conduitl’individu a se concentrer en lui-même ; sur un bâtiment de guerre les marins sontconstamment en scène, et leur existence n’est qu’une longue comédie. Le vaisseauest un théâtre dont la toile se lève pour une représentation qui commence le jourde la mise en armement et dure deux ou trois années; les acteurs ne connaissentque leurs emplois, a eux d’improviser leurs rôles; ils ignorent quelles seront lesgrandes péripéties du drame ; mais les hommes et les éléments y pourvoirontCombats, fêtes nationales, dangers, plaisirs, tempêtes, incendie, naufrage, ils doivents’attendre à tout : la paix ou la guerre sont les ressorts de l’intrigue ; les vents et l eSflots cumulent les fonctions de l’orchestre et des machinistes, les incidents de détailne feront jamais faute, et l’intérêt sera toujours soutenu. Les simples matelots, infaH'gables figurants, qui ne rentrent jamais dans la coulisse, les maîtres, les élèves, i eSdivers membres de l’état major, et le capitaine, premier sujet de la troupe, chacundes personnages a son allure, son caractère et son langage à part. L’officier de marine»tour a tour chef de quart, second et commandant, se présente aux spectateurs soustrois aspects si différents, qu'on ne saurait le définir d’une manière absolue; Hchange de costume et de physionomie avec chaque grade, et se modifie surtout e 11raison de sa position à bord. Un seul et même portrait ne peut convenir a sa naturecomplexe, il existe a peine un vague rapport de ressemblance entre le capitaine de vais-seau usé par la mer, et le jeune enseigne qui abandonne joyeusement le poste de sélèves pour venir prendre dans le carré une place longtemps convoitée.

Quand l’officier cesse enfin de mériter l’ancienne dénomination d’aspirant, quidépeignait si bien : quand il vient d’atteindre le but de ses vœux et de son ambiti 01 ’’alors tout ce qu’il avait rêvé de bonheur et de gloire en se jetant dans la mai’ IIiemilitaire, toutes ses espérances passées prennent de nouveau a ses yeux l’appare ncede la réalité. C’est sans contredit le plus beau jour de sa carrière que celui oùapprend a l’autre bout du monde la nouvelle de sa promotion. Quelques paroI eSflatteuses de son commandant détruisent en un instant sa rancune de vieille dat e ;et il oublie ses innombrables imprécations contre le despote du navire ; le secondqu’il maudissait de toute sou âme, tous les autres officiers, contre chacun desqu®^