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Province. Tome premier.
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trouve un navire de l’état placé en sentinelle pour surveiller el interroger les voiles<jui entrent el qui sortent: ce stationnaire a beau faire feu sur les caboteurs indo-ciles, ils ne passent à poupe pour répondre aux questions sacramentelles, que s’ils setrouvent il moins d’une demi-portée d’espingole ; dans le cas opposé ils forcent devoile et continuent leur route sans se mettre en peine des biscaïens qui sifflent àleur arrière. Tout glorieux qu’il est décommander, le capitaine au cabotage, horsde son navire, ne heurte jamais de front l’étiquette navale : monte-t-il par hasard àbord d’une frégate, il ne se fera pas dire d’aller saluer l’oflicier de garde, il sent qu’iln’est plus sur son terrain. Partout il esl compère et compagnon des maîtres de lamarine royale, des pilolcs-côtiers, et même des patrons de pêche, bien que ceux-cine soient que de simples matelots; 'a son bord, il est familier avec les hommes deson équipage, il les traite de sou mieux. Les caboteurs d’un même port se connais-sent tous, s’aident mutuellement, et se rendent de fréquents services les uns auxautres. Ils vivent si souvent dans le môme bassin, côte à côte, passant amicalementd’un bord sur le voisin ; ils ont tant de liens communs, le métier, les intérêts, la pa-renté et le sol, qu’ils forment une association tacite, gage de prospérité pour la popu-lation maritime. Le capitaine au cabotage navigue presque constamment, mais sesvoyages sont de peu de durée et coupés de relâches perpétuelles; son existencenomade lui plaît, il ne maudit qu’une chose, ce sont les grandes levées, qui le for-cent a prendre de nouveaux matelots : il voudrait conserver toujours les mêmes etfaire sa besogne en famille. Si son but principal n’était le commerce, on pourraitsous plusieurs rapports le confondre avec le pilote, dont il est capable de remplo-ies fonctions. Leurs professions s’exercent sur le même théâtre ; leur enfance a tousdeux a été semblable, et dans leurs vieux jours, une fois retirés à terre, ils ont touIà fait la même tournure et les mêmes habitudes.

Parmi toutes les variétés du marin, il n’en est pas une plus digne d’étude (piecelle du pilote, pas une dont la vie soit plus abondante en traits généreux et enépisodes dramatiques. Il est à la fois capitaine, maître et matelot; capitaine dans sachaloupe lorsqu’il va chercher les navires a plusieurs lieues en mer; maître, parl’assimilation de son grade a bord des navires de l’état; matelot par ses travaux elson éducation. A ces époques de désastres oit la plage se couvre de bris et de cada-vres, quand le riverain s’expose à mille dangers pour porter secours aux navigateursen détresse, les pilotes surtout font preuve d’une sublime lémérilé. Si quelque na-vire se trouve en péril, rien ne peut les retenir a terre, ils serrent la main desamis,ei s’élancent dans leurs barques avec leur sang-froid accoutumé. La mort me-nace de tous côtés dans leur bateau comme à bord du navire qu’ils vont aider deleur expérience; mais, si affreuse que soit la mer, ils partent, c’est un devoir sacréâ leurs yeux. Que de fois, par leur secours inespéré, ils ont prévenu un naufrage !que de fois aussi ils ont péri victimes de leur dévouement!

Familiarisé dès l’enfance avec le spectacle de la mer sur sa côte natale, le piloteconnaît les moindres courants et la forme de chaque rocher : constant observateur•les marées, il dira à toute heure le nombre de brasses d’eau qui se trouvent sousla quille de sa chaloupe. Il a toujours vécu la sonde h la main el l’œil fixé sur l’l|o-