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Province. Tome premier.
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LES GENS DK MK K.

succès sans les soupçons que fit concevoir l’équivoque réputation du réclamant. Voilaquels sont les successeurs des farouches écumeurs de mer d’autrefois. Le forbandégénéré s’amuse a des tours de gobelet; lui qui jadis faisait disparaîlrc les galionsd’Espagne et les vaisseaux de la compagnie des Indes, lui dont les jeux étaient l’in-cendie et l’abordage, spécule à présent sur des bâtiments fantastiques.

C’est ainsi que les grandes figures de la mer se sont racornies comme toutes lesautres, a mesure que les progrès ont effacé les distances, et que le monde s’est res-serré sous un réseau de chemins de fer et de machines a vapeur. Il n’est pas jusqu’aucaboteur lui-même qui ne toucheau moment de sa ruine, et cependant il semblaitdestiné a lier toujours nos ports entre eux par ses voyages de va et vient; mais illutte vainement contre ces maudits bateaux que le calme et le vent contraire n’ar-rêtent jamais, et déjà la navigation des grands fleuves n’est plus de son ressort-Sommes-nous destinés à voir le Philopœmen des maîtres au cabotage ferler triste-ment sa voile pour la dernière fois, en disant un éternel adieu a la mer, sa vieillenourrice? El perdrons-nous ainsi le type du franc matelot arrivé a la plus belle po-sition qu’il puisse atteindre dans la marine marchande? Cet homme ne devientcapitaine qu’après bien des épreuves. D’abord mousse 'a bord d’un petit bâtiment,il profite des relâches pour apprendre à lire, et son patron est souvent assez bon-homme pour lui donner quelques leçons, un peu brutales peut-être, mais consacréespar l’usage. A l’âge de dix-huit ans, il sait passablement écrire, et suit à grands in-tervalles les cours gratuits de mathématiques élémentaires. Quand il est levé pour'le service, et qu’il vient a bord des vaisseaux de l’état, il s’y fait remarquer par sonintelligence et ne tarde pas a prendre rang parmi les meilleurs gabiers. On pourraitalors le voir étendu dans la hune, relisant laborieusement l’Arithmétique <i cBezout, pour ne pas oublier ce qu’il a appris dans un ou deux mois de terre. Souventil s’associe un camarade, une manœuvre interrompt leur étude, a une règle de troissuccède un virement de bord; l’évolution Unie, ils reprennent le travail, revoyantconstamment les mêmes pages avec une admirable ténacité. Des années s’écoulentainsi, ils passent d’une frégate sur un chasse-marée, du chasse-marée sur un brick,toujours piochant ces terribles mathématiques en rade et en mer, a terre et a bord)dès qu’ils ont un moment de loisir. Enfin ils savent leur premier volume, et c’esttout ce qu’il leur faut, car l’examen pratique n’est pour eux qu’une plaisanterie-Quelle est la manœuvre qu’ils n’ont pas faite cent fois? On exige d’eux qu’ils con-naissent les moindres détails de la côte, les brisants, les basses et les amers ; c’estencore la chose la plus simple : ils ont eu ces terres en vue pendant les deux tiers deleur existence, et ces eaux qu’ils ont labourées en tous sens sont pour eux une vieillepromenade d’habitude. Sous la république, un de ces mousses studieux, pauvre anpoint de ne pouvoir acheter les livres nécessaires a son instruction, les copia en en-tier. 11 visait a être patron-caboteur : jeté dans la marine militaire, il y est devenuvice-amiral.

Le maître au cabotage est aussi fier de son brevet qu’un bachelier de son diplôin®fse regarde l’égal de tout capitaine de commerce, et ne reconnaît qu’a son corps dé-tendant la suprématie des bâtiments de guerre. En tête de nos rades principales pp