LE MATELOT.
oulez-vous un homme de cœur, infatigable et hon -nête; un liorame de travail, industrieux et propre atout : prenez un matelot. Mais, dans votre choix, nevous laissez pas séduire par une pose à la fois simpleet fière, une allure vive, un costume coquet et né-gligé, une pipe et un juron : de tels indices sont loind’être ses marques distinctives ; les plus nouveauxvenus ont bien vite saisi et outré ce qu’il peut y avoird’original dans sa dégaine. Pour qui l’a observé avecattention, apprécié à sa valeur, la copie s’efface de-vant le modèle, et des qualités réelles, inimitables, apparaissent sous cet extérieurfacile. Le véritable matelot ne craint rien, ne se refuse a rien ; c’est l’être le moinsspécial qui soit au monde : en peu de temps, il excellera dans les professions lesPlus opposées a la sienne, et vous en ferez avec le même succès un garde-maladeà la Martinique, un soldat a Vera-Crux, un pompier 'a Constantinople . Mais ce n’estPas dans l’exception qu’il faut l’étudier : suivons-le à bord, examinons-le parlantagissant. Ce type, si souvent défiguré, si ridiculement exploité de gré ou de force,de près ou de loin, ne peut être peint lidèlement que par ceux qui ont vécu desannées entières avec lui, à terre et en mer. Il faut l’avoir vu, tantôt naïf, doux etpatient a l’excès, tantôt furieux et indomptable, toujours insouciant et généreux.
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