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Province. Tome premier.
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LUS G K N S DK MK R.

Le matelot est un enfant du littoral; son histoire est constamment la même.Fils d’un pêcheur ou d’un marin, il a passé ses premières années dans les bateauxde pêche ou de pilotage, sur les quais du port, à bord des navires de commerce.IJn jour il s’est embarqué comme mousse, et depuis lors il court le monde. Il estrare qu’il n’ait servi qu’avec des Français ; il a d’ordinaire navigué à l’américain ;il a fait deux ou trois voyages a la traite, et autant a la pêche de la baleine; puis il aété levé pour le service de l’état par son commissaire, qu’il damne du fond del’âme. Le commissaire de l’inscription maritime est son ennemi né, son cauchemar,son épée de Damoclès . Car le matelot déteste la marine militaire ; on fait de lui unpiou piou, il faut passer des inspections, se mettre en rang, répondre à des appels.« Ce n’est pas que la chose soit rude, dit-il ; métier de fainéant, tout bien compté.On dort la moitié de la nuit, on est dix fois plus qu’il n’en faut pour l’ouvrage ; onne bourlingue 1 pas le quart comme au marchand, mais on est là côte a côte avecdes tambours et des conscrits, c’est vexant ! Ensuite, il semblerait qu’on n’a pasd’idées, faut tout faire par ordre, passer sa vie à demander des permissions pouraller au sac, et avec ça être en tenue, qu’on a l’air d’un cabillot ' 2 . » Cependant,au bout de quelques mois, grâce à la flexibilité de son caractère, il se plie au joug,et devient bien vite compère et compagnon des conscrits et des tambours, tout enconservant sur eux une supériorité marquée.

A bord des navires de guerre, le matelot est gabier, calier, patron de canot ouchef de pièce; tout autre emploi lui est insupportable. Il abandonne de bon cœurles fonctions de timonnier aux Parisiens et aux bis de famille, et trouve juste qu’onlui assigne l’un des mâts suivant son âge et sa tournure. Les vieux chiqueurs, avantque les postes aient encore été distribués, se dirigeront naturellement vers le beau-pré, ils seront grognards, intrépides, et jaloux de leurs prérogatives; s’il dépendaitd’eux, on ne les apercevrait jamais sur l’arrière du mât de misaine. Les plus jeunes,au contraire, se rapprocheront du mât d’artimon; c’est un jeu d’enfant, il suffitd’être leste, adroit, vaillant, et bien suivé, bien goudronné, bien propre. On voitque le grand mât et le mât de misaine sont l’apanage des autres gabiers.

Dès que les rôles seront définitivement arrêtés, une rivalité constante régneraentre les deux hunes ; mais le joli gabier d’artimon sera toujours regardé avec unesorte de protection complaisante par les anciens, tandis qu’on conservera un pro-fond respect pour les farouches habitants du beaupré. Si la cale devient son poste,le matelot maudit la nécessité de monter sur le pont ; il se renferme volontairementdans les profondeurs du navire, semblable à une tortue dans sa carapace, y boit, Ymange, y dort, s’y cache au moment des inspections, et n’en peut être arrachéqu’avec peine pour les exercices. Enfin, si toutes les autres places sont déjà prises,il se résigne à être chef de pièce, quoiqu’un pêcheur ou un conscrit puisse y attein-

* Bourlinguer, se fatiguer à la manœuvre.

2 Cabillot, cheville en fer ou en cuivre qui sert à tourner les cordages. Terme de mépris pomgner un soldat en tenue.