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Province. Tome premier.
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UiS CENS DE .VJ E I!.

dernières que de quelques pas dans l’enceinte du port, beaucoup de matériel dis-paraît encore par leur entremise. E’on en prit une emportant une cloche de quinzekilogrammes sous ses vêtements ; elle fut découverte à cause de sa démarche extraor-dinaire, mais elle n’avoua pas comment elle avait pu se procurer un objet aussivolumineux en quelques instants d'apparition dans l’arsenal.

Ea classe entière est ainsi dégradée par une ignorance profonde et un esprit derapine toujours en activité. Il est toutefois des ateliers qui font exception, et dont lesouvriers possèdent des idées bien arrêtées sur leurs devoirs et même une instruc-tion assez étendue : ainsi l’artillerie, les boussoles, la sculpture, les modèles, occu-pent des hommes fort au-dessus de la masse, et quelquefois très-distingués-soustous les rapports. Enfin, beaueoup de vieux matelots, sous le nom de gabiersvolants, sont compris dans la catégorie des ouvriers : ils sont employés à borddes navires en commission, aident aux travaux d’armement, ou confection-nent le gréement dans les magasins de la garniture. Ceux-là ne perdent pointleur caractère primitif, ils restent ce qu’ils ont toujours été depuis leur temps demousse.

Nous venons de prononcer le nom de celui qui doit fermer notre série de portraitsmarins, le mousse, enfant qui porte en lui le germe fécond de toutes les qualités dumatelot. Nous avons montré à notre début l’élève, l ’aspirant aux sommités navales;nous nous arrêterons après le mousse, autre débutantdans la carrière maritime, plusjeune, plus chétif que lui, moins malheureux peut-être; tête gracieuse aussi, mais quin’est pasremplie de brillants et mensongers châteaux en Espagne . Le mousse s’embar-que par instinct et parce que c’est la coutume dans son pays; mais il est déjà familierdes bâtimentslorsqu’il faitson premier voyage : depuis sa plus tendre enfance, il passeson lemps sur les quais, sautant à bord des caboteurs, et donnant la main à l’ouvragepour une galette de biscuit ou un vieux paletot, de manière à rentrer le soir chezsa mère, après ^voir vécu toute la journée sans lui rien coûter. Grondé, houspille,malmené, battu, fessé, et malgré cela rieur et content, le mousse est l’humble ser-viteur de tout le monde, du commandant, des officiers, des élèves, des maîtres etdes matelots. Il porte l’épissoir aux gabiers, l’ampoulette aux limonniers, la poudreaux chargeurs, la soupe et la ration aux hommes de son plat. Il obéit toujours, va,vient, monte, descend, court, vole, saule, bondit, grimpe, et c’est le seul qui ne boivejamais de vin. Il devient novice d’abord, et matelot plus tard.C’est lui que nous avonsvu parvenir jusqu’aux plus hauts grades,mais qui d’ordinaire lorsqu’il a naviguetoute sa vie au commerce ou à l’état, se fait gabier du port avant de prendre saretraite.

Les divers individus du grand tout maritime peuvent ainsi changer de rôlesentre eux; l’ouvrier embarqué passe pour matelot, l’ancien matelot se trouve classeparmi les ouvriers. Les populations du littoral vivent les unes par les autres,on ne peut les isoler chacune dans un ordre d’idées à part, elles sont liées demille manières, aussi n’est-il pas d’expression plus juste que celle de gens dé-nier, commune à Ions , et nécessaircmenl créée par la nature de leurs relations ré-ciproques.